Les interviews des lectrices: Après le congé maternité, difficile retour à la vie quotidienne.

 

 

 

 

 

Comme il est difficile de reprendre le chemin du travail quand nous avons donné la vie il y a seulement quelques semaines...Le retour à la réalité peut entraîner petite ou grosse déprime et de sacrés doutes sur notre avenir professionnel. Suis-je vraiment à ma place ? Pourquoi ne pas rester avec mon bébé ? Puis, devoir se séparer de son nourrisson semble inimaginable...

Souvent, nous n'avons pas le choix financièrement et parfois, nous avons juste besoin de nous sentir actives et retrouver une vie sociale, comme avant.

 

Voici le témoignage de Sonia qui a repris le chemin de la vie active il y a quelques semaines... N'hésitez pas à nous faire part de votre expérience ici ou sur Instagram.

 

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Dans ton email, tu évoques des peurs, des doutes, des craintes ? Peux-tu nous en dire un peu plus ? A quoi sont-ils liés ? Comment arrives-tu à les gérer au quotidien ? 

 

Tout d'abord, mon congé maternité s’est super bien passé, nous avions fait le choix (parce que nous avions la chance de pouvoir le faire !) que mon mari soit à la maison avec moi pendant cette période. Je n’ai donc pas eu l’impression d’être débordée, ni fatiguée. Nous avions les questionnements et difficultés de tous jeunes parents bien sûr, mais nous étions sereins, ensemble. 

Les peurs et le doute sont arrivés juste avant ma reprise du travail. Tout s’est passé très vite, nous avons déménagé dans une nouvelle région et tout quitté une semaine avant ma reprise. Quelques jours avant le jour J, j’avais du mal à regarder ma fille ou à lui parler sans me mettre à pleurer et c’est encore le cas aujourd’hui une semaine après la reprise. J’ai réalisé qu’en 3 mois toute ma vie avait changé, qu’on faisait un saut dans le vide avec ce déménagement, que cette jolie bulle de douceur s’arrêtait, que l’allaitement stoppé 2 semaines plus tôt en vue de la reprise me manquait. Ma fille a recommencé à se réveiller la nuit, à avoir des horaires de biberons complètement anarchiques. Nous avons une maison à aménager. Plus aucun repère si ce n’est d’être l’un avec l’autre mon mari et moi, et toute une vie à reconstruire. Nous sommes exténués, sur les rotules.  

Je ne me sens pas vraiment coupable de laisser ma fille, j’ai totalement confiance en son assistante maternelle, et j’ai conscience que le développement d’un enfant passe inévitablement par le fait qu’il va avoir sa propre vie, et passer du temps avec d’autres personnes ! Mais elle me manque, tout simplement et terriblementJ’ai été renversée par cet amour immense qui m’est tombé dessus et maintenant je dois le rationaliser pour aller bosser. Le premier jour de la reprise, je ne l’ai pas vue le matin (c’est la semaine d’adaptation avec l’assistante maternelle et c’est mon mari qui gère), et quand je suis rentrée le soir, elle dormait et ne s’est réveillée qu’à 23h30 pour son biberon avant la nuit. Je ne l’ai vu que 15 minutes, j’en étais malade. Pendant ma grossesse et les 3 premiers mois de ma fille, j’ai fait très attention à mon bien être physique et psychique. J’avais anticipé, je m’étais renseignée sur tous les maux de la grossesse et de l’après. En me rapprochant de la reprise du travail, et avec le déménagement, je crois que j’ai fait moins attention. J’ai sûrement cru un peu trop rapidement m’être remise physiquement mais je me suis rendu compte qu’il y a encore un travail  à faire sur ma cicatrice de césarienne qui entraîne de grosses douleurs au dos, la rééducation abdominale … 

Evidemment au milieu de tout ça, il y a le travail. En déménageant, je travaille maintenant seule dans un bureau. Seule toute la journée, avec beaucoup de choses à construire. Le premier jour, mon responsable m’a accueillie en me demandant à peine comment ça allait et en parlant à toute vitesse de tous les projets sans que j’aie eu le temps de déballer mes deux cartons ou brancher mon ordinateur, puis est reparti 1h plus tard. J’avais les oreilles qui bourdonnaient, la tête en feu et envie de pleurer ! J’ai envoyé un mail de reprise à mes collègues (puisque nous ne sommes plus dans le même bureau) leur disant que c’était dur mais que j’étais contente de retravailler avec eux, je n’ai eu qu’une seule réponse sur 7… C’est pourtant une équipe super sympa, mais que des hommes qui n’ont pas compris je pense. Je me demande comment retrouver la motivation après tout ça. Ce que j’ai vécu me semble tellement énorme, comment retourner au quotidien ? Je ne sais plus si mon travail me plait. Beaucoup de certitudes se sont envolées et certaines évidences sont apparues avec la naissance de ma fille. Comme si la naissance d’un enfant révélait une part de notre âme. Mais j’ai beaucoup de responsabilités, un projet à construire dont j’étais l’initiatrice et peu de place pour les états d’âme. Je suis en colère contre cette société qui considère que c’est bon, elle m’a accordé 16 semaines pour gérer mes émotions, mon physique, me transformer en maman, et que là c’est terminé, donc il faut que je sois là, en forme tous les matins et que je me débrouille de mon temps libre pour continuer à me remettre. Certes, c’était mon choix donc je dois assumer… J’ai l’impression de devoir faire et être « comme avant » alors que rien n’est comme avant. 

Je ne pense pas être faite pour rester au foyer avec ma fille toute la journée, mais j’aurais eu besoin de plus de temps avec elle et pour moi. 

 

As-tu l'impression de vivre un baby blues ? 

 

Je ne sais pas. Oui et non. J’ai pleuré 24h quasi non stop en sortant de la maternité, ça, normal, je m’y attendais, j’ai attendu que ça passe, et 24h quasi non stop à la reprise du boulot, ça je m’y attendais moins ! A ce moment là, une amie m’a fait remarquer que j’avais arrêté totalement l’allaitement quelques jours avant et que cette crise de larmes était sans doute liée à ça. Je n’y avais pas pensé, mais c’est vrai que j’avais vraiment le même sentiment qu’en sortant de la maternité. Un vide trop plein ! Personne ne m’avait dit que ça pouvait être si dur à l’arrêt de l’allaitement. Moi j’avais l’impression qu’en retournant bosser, toutes ces histoires d’hormones et de problèmes post accouchement étaient derrière moi. Je pense qu’on a changé tant de choses en si peu de temps que l’état dans lequel je suis était inévitable. Mais je reste confiante sur le fait que le temps va m’aider à accepter, en attendant, il faut seulement que je lâche prise sur cette période vraiment difficile et que j’arrive à ne pas être trop exigeante avec moi-même. Donc un « vrai » gros baby blues je ne pense pas, mais je pense que mon corps et mon cœur doivent gérer tout un tas de nouveaux paramètres et essayent tant bien que mal de s’ajuster. C’est comme si j’étais dans un état de fort déséquilibre et que j’essayais de me remettre sur les deux pieds le plus vite possible, tout en étant maître de rien du toutOn a toutes à gérer ces profondes transformations à des échelles plus ou moins grandes et à des moments différents non ?  

 

Qu'en est-il de ton entourage ? En as-tu parlé ? Demandes-tu de l'aide ?

J’en parle oui, sans difficulté, à mes amis, mon mari … J’ai des paroles réconfortantes, des messages de soutien pendant ces journées difficiles, mais au final ce type de changement profond doit s’intégrer avec du temps, et on ne peut les intégrer que seul, en acceptant.

Mes amis m’ont beaucoup conseillé de me laisser du temps et de ne pas être trop exigeante sur les premières semaines. Et c’est vrai qu’on n’est pas obligé de reprendre une vie « normale » tout de suite à la reprise du travail. Par exemple, je dors en arrivant chez moi. Je tombe de sommeil et ma fille dort à ce moment là donc j’en profite, comme pendant le congé maternité. Je suis frustrée de ne pas profiter des soirées pour faire autre chose, mais de toute façon mon corps lâche à ce moment là.

J’ai aussi pris rdv avec un ostéo pendant la semaine de reprise du boulot. Ça m’a fait du bien d’être encore considérée comme une jeune maman qui vient d’accoucher et de me faire chouchouter !!!

 

Qu'en est-il de ton compagnon ? Comment vit-il son nouveau rôle de père ? Vos relations ont-elles changé ? 

 

Mon mari était à la maison avec moi depuis la naissance de notre fille. Nous avons tout vécu à deux et il a donc tout naturellement trouvé sa place. C’est un vrai Papa poule. Avec ma reprise du travail, il a passé plus de temps que moi avec notre fille. Mais il doit aussi se construire lui. Il a quitté son travail à la naissance et nous attendions d’avoir déménagé pour qu’il en cherche un autre. Pour l’instant nous sommes tellement sous l’eau qu’il n’a pas eu le temps de chercher. Et je sais bien qu’il attend avec impatience de retravailler tout en étant plein de doutes sur cette question. C’est aussi pour ça que nous nous mettons la pression pour régler le plus de choses possible rapidement pour qu’il puisse se retrouver aussi. Finalement, il doit aussi composer avec de gros chamboulements ! 

 

 

Trouves-tu que des séances dédiées aux "jeunes mamans" seraient utiles (lors des cours de préparation à l'accouchement ou à la maternité par exemple) ? Quels thèmes devraient être abordés selon toi pour nous préparer au mieux à vivre une maternité sereine et épanouie ?

Oui évidemment, ce type de séance serait super ! Mais en même temps, j’ai l’impression que si on demande de l’aide on peut en trouver, auprès de la PMI et des sages-femmes libérales notamment. J’ai beaucoup vu la mienne pour les séances de rééducation du périnée, et on parlait aussi des difficultés du quotidien, elle me demandait comment j’allais … Comme à chaque visite à la PMI. J’ai toujours trouvé de l’attention et des petites paroles pour moi de la part des puéricultrices. Des temps d’échanges à plusieurs mamans seraient supers aussi en faisant se rencontrer des mamans qui en seraient à « stades » différents : celles qui viennent d’accoucher, celles qui ont un bébé d’1 mois, celles qui viennent de reprendre le travail … J’ai eu la chance d’avoir des copines ayant accouché juste avant moi avec qui échanger mais ce n’est pas le cas de tout le monde.

Je pense que le retour au travail devrait être un petit peu accompagné. Que ce soit en fin de congé maternité ou en fin de congé parental. Qu’on puisse anticiper cette énorme transition et qu’elle se fasse de façon moins violente. Avoir droit aussi à au moins 1h par semaine sur le temps de boulot pour aller chez le kiné permettrait aussi de continuer à se remettre physiquement mais bon, on en est bien loin je pense, alors je vais sacrifier les pauses déjeuner pour aller voir ma kiné …

 

Quels conseils donnerais-tu à une future maman sujette à ces questionnements ?

Il faut en parler ! Chercher n’importe quelle maman qui pourra comprendre. Et il faut lâcher prise et accepter. A la reprise du boulot, encore plus que pendant le congé maternité, la priorité n’est pas de gérer les tâches domestiques mais de se gérer soi-même et son bébé. J’ai l’impression d’un retour en arrière parce qu’à la fin du congé maternité, on gérait le quotidien les doigts dans le nez ! On cuisinait, on sortait… Je regarde tous les soirs mes cartons qui attendent, je n’ai pas la force de remplir le lave-vaisselle, c’est dur, c’est le bazar, mais j’accepte que ça prenne du temps et je préfère m’allonger sur le tapis avec ma fille qui sourit!

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À propos

Elodie-Jelena

Je m'appelle Elodie-Jelena, j'ai 28 ans et je travaille depuis plusieurs années dans le domaine de la communication et du marketing mais ma véritable passion est l'écriture. Amoureuse des images et des mots depuis toujours, je suis aussi aussi la maman de Chiara née en avril 2016. Découvrez les bribes de notre petite vie de famille douce et sauvage grâce à mes chroniques (sans filtre) sur la maternité, l'éducation bienveillante et positive. Découvrez aussi mes coups de cœur puériculture, mode enfant et lifestyle.

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Leslie 16/10/2017 22:59

Merci pour cette interview
Je reprends le travail cette semaine et je suis assez déboussolée
Je me rends compte au final, que mes sentiments sont partagés et normaux et ca fait du bien !

Angelilie 01/03/2017 18:54

beau blog. un plaisir de venir flâner sur vos pages. une découverte et un enchantement. au plaisir