Plutôt mourir debout que de vivre à genoux.

 

 

Hier après-midi, j'ai été agressée. Pas physiquement non mais où est la différence finalement ?

 

J'étais avec Chiara et mon amie Chloé, nous avions passé une chouette journée en compagnie d'autres futures mamans et jeunes mamans près de République. Nous n'avions pas anticipé la manifestation et les entrées de métro fermées, la chaleur est les détours. C'était la première fois que je participais un événement. J'ai toujours été bien trop timide pour cela mais là, j'avais envie d'essayer, juste pour voir. 

 

Métro République, nous laissons passer 4-5 métros à cause du monde, une vraie fourmilière... De quoi devenir parano. Depuis les attentats je suis devenue phobique de tous ces rassemblements et des transports en commun comme beaucoup d'entre vous je pense. J'avais juste envie de rentrer, de dormir, de retrouver F. J'étais fatiguée, un peu sur les nerfs car Chiara avait chaud et n'arrêtait pas de crier puis, je commençais à ne plus supporter les regards d'usagers excédés sur moi, ma poussette, mon air exaspéré et ma fille qui hurle.

 

Après 15mn d'attente, nous avons enfin reussi à monter dans un wagon.

 

"13 stations et on est la maison, allez Chiara chut".

 

Nous étions près de la porte et ce qui m'a tout de suite surpris, comme toujours, c'est le manque de civisme. Parisienne depuis toujours, je suis bien habituée à l'agressivité, aux bousculades, aux insultes faciles et au manque d'éducation de certains.

 

Près de nous, il y avait un homme, la quarantaine avec son fils de 5-6 ans, assis sur le strapontin. Le petit tapait des pieds et a cogné Chloé à plusieurs reprises. Son père, bien que pas très net, s'était tout de même excusé gentiment auprès d'elle.

 

J'ai tout de suite remarqué qu'il était alcoolisé et sûrement défoncé mais il était avec son fils et je n'ai pas voulu le rejeter trop violemment, pensant qu'il avait une vie assez difficile mais surtout, je ne l'ai pas senti en possession de tous ces moyens. Un mouvement brusque ou violent de sa part aurait été possible... Évident même. Il n'attendait que ça. Il n'attendait que ça, que j'ouvre ma gueule pour me frapper.

 

"C'est ton premier?"

 

Je lui ai répondu en détournant le regard, avec un sourire poli mais fermé à toute discussion. 

 

J'aurai dû descendre à ce moment-là.

 

Malgré moi et ma volonté de ne surtout pas le provoquer, mon simple "Oui" à sa question était pour lui comme une porte ouverte. Là fut mon erreur.

 

Nous nous sommes alors discrètement décalées. Chiara s'amusait avec des jeunes manifestants assis en face de nous. Je discutais de cette chouette journée avec Chloé mais mon esprit était absorbé par l'individu qui commençait à se rapprocher de nous, de moi.

 

Il m'a posé des questions banales, stupides et j'ai répondu de façon tout aussi stupide.

 

"Non je ne suis jamais allée au Zoo de Vincennes. Non, je ne suis jamais allée à Aquaboulevard". 

 

Point. Rien de plus, rien de moins.

 

"J'aimerai te revoir"

"Je suis mariée"

"Je ne suis pas jaloux. Ton mari a de la chance, tu es une très belle femme".

 

Il se rapprochait de plus en plus, devenait agressif, oppressant et intimidant. J'ai toujours dit que si je devais me battre contre un homme, je me ferais sûrement casser la gueule mais je l'emmènerais  avec moi à l'hôpital.

-

"Chloé on descend maintenant".

 

Je n'ai pas eu peur pour moi. J'ai eu peur pour ma fille. Peur qu'il s'en prenne à elle à cause de moi. J'ai passé la soirée à pleurer dans les bras de mon mari, j'ai l'impression d'être tombée en dépression au moment où je suis sortie tremblante de rage de ce wagon. Je suis recroquevillée sur mon lit, égarée et atteinte. J'ai été agressée, harcelée et intimidée.

 

Et si j'avais été seule ? Je n'ai aucun doute sur ce qui me serait arrivé.

Où est-ce que j'ai merdé ?

C'est de ma faute, je l'ai cherché

Je n'aurais jamais dû lui répondre 

Et si je n'avais pas répondu, ça aurait pu être pire

Pourquoi ne suis-je pas descendue immédiatement ?

 

Si j'avais été un homme, ça ne me serait jamais arrivé 

-

Je n'ai pas dormi de la nuit, j'ai revécu chaque seconde de cet incident en me demandant ce que j'aurai pu faire pour l'éviter. À l'aurore, j'ai enfin réalisé que je n'aurai rien pu faire et c'est ce que se disent des milliers de femmes à travers le monde et c'est ce qui n'est pas normal.

 

Je me bats activement depuis des années pour l'égalité entre les hommes et les femmes, le droit à l'éducation des jeunes filles à travers le monde et contre toutes les

violences faites aux femmes. Ce n'est un secret pour personne.

Je suis féministe depuis que j'ai lutté durant des années pour bousculer les codes de ma propre éducation aux antipodes de mes convictions et je suis persuadée qu'il y a quelque chose à faire pour que nous n'ayons plus peur ni honte d'être des femmes.

 

Ce matin, je me suis levée avec un goût amer dans la bouche, celui du citron vert des Mojitos de la veille que j'ai avalés pour oublier que j'avais été agressée, touchée dans ma dignité, rabaissée, harcelée en plein jour, dans un métro noir de monde, en compagnie de mon amie et de mon enfant de 17 mois.

 

Il va me falloir beaucoup de temps pour digérer, pour accepter que ce n'est pas de ma faute. Il va me falloir une vie pour me battre contre le harcèlement de rue, le harcèlement tout court et les inégalités.

Je suis prête et grâce à cet incident, j'ai trouvé ma voie. J'ai eu une véritable illumination. Je vous en parle d'ici quelques semaines, mois... Juste le temps pour moi d'arrêter de trembler et de pleurer.

-

Excusez le pavé, mais comme toujours, je refuse de me taire. 

 

"Plutôt mourir debout que de vivre à genoux".

 

 

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À propos

Elodie-Jelena

Je m'appelle Elodie-Jelena, j'ai 28 ans et je travaille depuis plusieurs années dans le domaine de la communication et du marketing mais ma véritable passion est l'écriture. Amoureuse des images et des mots depuis toujours, je suis aussi aussi la maman de Chiara née en avril 2016. Découvrez les bribes de notre petite vie de famille douce et sauvage grâce à mes chroniques (sans filtre) sur la maternité, l'éducation bienveillante et positive. Découvrez aussi mes coups de cœur puériculture, mode enfant et lifestyle.

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Maman du 21ème siècle 30/09/2017 18:00

Je suis navrée de ce qui t'est arrivée, a fortiori en compagnie de ta fille, et de tous ces gens, qui, comme d'habitude, font semblant de ne pas voir, de ne pas entendre ... Mais tout n'est pas vain, si tu te sers de cet incident malheureux pour construire quelque chose de positif, si cela a été un tel chamboulement que tu dépasses ça pour aller de l'avant. Courage !

Lyly cora 24/09/2017 21:40

Ohhh c etait ma hantise quand j etait sur paris ...merci pour ton temoignage ta force et le faite de dire les choses. Bises cora