" Allez, laissez-nous la p'tite !"

 

Il y a eu « pourquoi elle ne marche encore ? » puis quand elle a marché il y a eu « vous devriez lui acheter un pot ». Chaque étape franchie est une raison valable pour lui en demander toujours plus.

Ce qui me surprend le plus depuis que je suis mère c’est la capacité qu’on les autres à toujours avoir un avis, à toujours savoir mieux que toi pour ton enfant. Imposer sa façon d’éduquer à son entourage est certes compliqué mais ce qui est encore plus délicat c’est de toujours devoir faire attention. Je pense qu’en devenant la mère de Chiara, je suis devenue un peu « la mère de tout le monde » en quelque sorte. Je ne fais pas seulement attention à mon enfant, je dois également faire attention à ma façon de m’exprimer pour ne pas les vexer ou paraître trop stricte ou trop dure. Je dois aussi être capable de pendre immédiatement du recul face aux maladresses de certains et à la méchanceté gratuite des autres. Je dois surtout user de diplomatie quant à l’éducation que je souhaite donner à mon enfant sans que ces mêmes autres pensent que je remets en question la façon dont eux-mêmes ont éduqué leur enfant.

16 mois après, j’ai le cerveau en compote et trop souvent je m’enferme dans une bulle, une bulle dans laquelle nous sommes tous les trois à l’abri de ces importantes charges mentales. Aussi, je sens que je me suis oubliée en route à force d’user d’empathie.

Ce que je reproche surtout à ces individus c’est de ne pas me laisser, nous laisser du temps pour devenir des parents. Pourtant, il s’agit de l’une des plus importantes aventures de notre vie. Nous vivons si intensément chacun de leur progrès, de leur effort et de leur première fois. D’ailleurs, toutes leurs premières fois sont aussi nos premières fois.

Nous évoluons, grandissons et devenons en même temps qu’eux après tout.

On parle de la motricité libre pour les enfants. Je considère que les jeunes parents devraient également être libres de se mouvoir, de penser, d’agir et de progresser librement, poussés par ce besoin naturel et primaire d’apprendre. Nous sommes souvent traités par notre entourage comme des enfants – surtout par nos propres parents. On souhaite faire à notre place, nous imposer des façons de penser, de voir l’avenir et nous sommes sans cesse infantiliser. Cette infantilisation donne souvent lieu à des remises en question, des doutes ou un manque de confiance en soi. Pour ma part, j’ai fréquemment cédé à la pression, préférant écouter les conseils des autres plutôt que mon instinct de mère pour ne pas attiser les critiques, les moqueries ou les jugements. Comme si je n’étais pas assez légitime pour faire seule, comme une grande.

Pourtant, depuis 16 mois, il y a bien une chose que je ne suis pas encore prête à faire et ce malgré tous les efforts mentaux mis en place pour au moins essayer : faire garder mon enfant plus de 24h.

A vrai dire, tout le monde est bien au courant même si nous n’avons jamais eu à le dire franchement, nos excuses et nos refus parlaient pour nous même s’ils ne semblent pas suffire ; ce qui a le pouvoir de m’exaspérer profondément. Ce qui m’exaspère encore plus c’est le manque de compréhension, les jugements hâtifs et les leçons de comptoir que nos oreilles sont obligées de supporter. Je vous épargne volontiers les phrases types que vous devez sûrement déjà bien connaître vous aussi.

Toutefois, vous a-t-on demandé si vous vous sentiez prêt à confier votre enfant pour une nuit ? A-t-on évoqué votre difficulté de ne pas être auprès de votre enfant ou la peur viscérale que vous ressentiez à l’idée qu’il puisse lui arriver quelque chose si vous n’êtes pas là ? Avez-vous eu l’opportunité de prévenir l’entourage des habitudes de votre enfant ? Je suis certaine que non.

L’entourage se fiche de perpétuer vos rituels. Il ne cherche pas non plus à faire « comme vous », non puisque vous ne faites pas et ne ferez jamais aussi bien que lui. L’entourage veut simplement créer ses propres habitudes avec votre enfant. Cette idée que mon enfant puisse servir de pansement, de cobaye sentimental ou d’éponge ne me rassure pas beaucoup à vrai dire.

De mon côté, je suis principalement entourée par des individus (amis, famille…) qui ressentent le besoin de se sentir utiles (un peu comme nous tous certes). Souvent, c’est déstabilisant car j’ignore si ils ont envie de garder Chiara pour se sentir utiles ou parce qu’ils ont réellement compris mon besoin de souffler ou de me retrouver avec mon mari durant quelques heures autour d’un bon dîner.

Dans tous les cas, personne ne m’a réellement dit que c’était pour mon bien ou pour la survie de mon couple. Pour eux, il n’y a que le bien-être, le bonheur de notre enfant qui compte et ils doivent absolument y contribuer au même titre que nous y contribuons chaque jour. Notre confort lui est devenu une option ou un dommage collatéral. La preuve en est leur réponse quand ils sont face à un énième refus : « Nous aurions été si heureux, Chiara aussi ».

Comment pouvez-vous envisager (à notre place) que notre enfant puisse être heureux de quitter ses parents inquiets pour satisfaire vos besoins égoïstes ? Vous qui avez toujours tout fait mieux que nous, ne savez-vous pas qu’un enfant ressent les angoisses de ses parents ? Vous le savez très bien à vrai dire mais vos besoins égoïstes dépassent cette idée. C’est d’ailleurs pour cela que nos parents ont tendance à trop gâter nos enfants et ce malgré nos recommandations (surdose de bonbons, de frites, de dessins animés ou d’écrans…).

Ce besoin d’appropriation du bonheur des autres fait que je ne me sens pas prête pour le moment. Quand leur proposition sera tout à fait désintéressée et que chacun acceptera de rester à sa place, j’accepterai d’y réfléchir. 

Nous sommes quotidiennement brusqués par notre activité professionnelle, nos problèmes personnels, l’argent et la société qui nous pousse sans cesse à avoir besoin de plus. Le week-end, nous avons tous besoin de lâcher prise pour revenir à nos essentiels : notre foyer et notre famille.

J’ai besoin de voir mon enfant grandir, j’ai besoin de l’entendre rire plus d’une heure par jour et surtout, j’ai cette nécessité d’effectuer toutes les « tâches de maman »  qu’exécute son assistante maternelle à ma place durant la semaine.

Par conséquent, je n’ai aucunement besoin de confier mon enfant puisque je n’ai besoin que de lui pour recharger mes batteries.

Comment faire alors lorsque nous souhaitons passer une soirée en amoureux ou comment surpasser ses appréhensions lorsque nous n’avons tout simplement pas le choix ?

Faire appel à ses amis proches.

Si vous avez la chance d’avoir des amis près de chez vous qui seraient heureux à l’idée de pouvoir garder votre progéniture quelques heures, vous tenez là la meilleure des solutions (surtout si vos amis ont également des enfants). Un bon ami sait être toujours impartial et a ce besoin naturel de vous faire plaisir. Il sait aussi vous rendre service de manière complètement désintéressée. Il veillera toujours à respecter votre façon d’éduquer votre enfant et saura naturellement rester à sa place sans s’imposer et surtout sans vous imposer quoi que ce soit. Un ami a ce désir altruiste de se sentir utile et ne vous jugera pas soit parce qu’il n’y connait pas grand-chose soit parce qu’il est lui-même un jeune parent ; donc agacé par les mêmes choses que vous.

Faire appel à son assistante maternelle.

Certaines acceptent volontiers, d’autres prennent d’emblée la calculatrice. La nôtre a oublié la sienne depuis notre première rencontre, ce « rendez-vous avec un coup de foudre » comme je l’appelle souvent. Il y a un mois, F. et moi avons été pris en otage par un vilain virus de façon simultanée ; nous pensions même à une méningite. Nous étions dans l’incapacité totale de nous occuper de Chiara tant nous étions souffrants et amorphes. Naturellement, nous avons appelé notre assistante maternelle. Paradoxalement, nous l’avons appelée comme nous aurions appelé à l'aide nos mères respectives. Sauf que là, il s’agissait de notre enfant et il était question de faire dormir notre fille en dehors de son lit, très loin de nous.

Ma souffrance s’est atténuée lorsque j’ai réalisé que ma fille serait entourée d’amour certes mais de neutralité avant tout. La situation était exceptionnelle et puis c’est tout. Nous ne pouvions faire autrement. Un proche en aurait sûrement redemandé et aurait voulu qu’une habitude s’installe là où il ne s’agissait pour nous que d’un « one shot » aux circonstances très particulières.

« On pourrait faire ça plus souvent non ? Que pensez-vous d’une fois par mois ? »

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Si vous souhaitez en savoir plus sur notre choix de mode de garde, n’hésitez pas à lire mon précédent billet intitulé « Notre choix de mode de garde pour Chiara ».

Faire appel à une agence de garde d’enfants.

Après cette première nuit sans Chiara, j’ai souhaité avoir sous le coude une solution immédiate, en accord avec mes principes actuels et dans l’éventualité où notre assistante maternelle serait indisponible. Pour vous dire honnêtement, je n’avais jamais pensé ne pas être capable de m’occuper de ma fille à cause d’un virus. Je me pensais même invincible et capable de tout surmonter pour m’occuper d’elle, comme n’importe quelle mère louve/poule/ourse/oiseau l’aurait fait. Si vous saviez comme j’ai pu me sentir nulle et coupable.

Après des heures passées sur Google à comparer les dizaines d’agences à domicile et à consulter les avis des parents, mon choix s’est définitivement arrêté sur la meilleure d’entre elles (selon les avis des parents). Il s’agit de l’agence E comme Enfants fondée en 2005 et basée à Paris, en Île de France et à Lyon. L’agence E comme Enfants prend en charge, dans une ambiance conviviale et familiale (d’après la majorité des avis clients) les enfants de 0 à 12 ans à temps plein, partiel, en sortie d’école ou de crèche, en urgence (mode de garde absent, enfant malade), en soirée, pour les vacances... Elle propose aussi d’accompagner votre enfant à ses activités extra-scolaires.

Pour celles qui ressentent encore du mal à confier leur enfant à de la famille (parents, beaux parents…) pour les mêmes raisons évoquées dans cet article très personnel, cette solution est sans hésiter la meilleure possible pour vous libérer de vos peurs dans un premier temps mais également pour vous aider à confier votre enfant à un professionnel qualifié. Un personnel dont c’est le métier et qui ne sera animé d’aucun but personnel ni égoïste envers votre enfant en somme.

Ce qui me rassure le plus c’est sans doute d’avoir trouvé une solution qui m’accompagnera tant que je ne serai pas prête à confier mon enfant plus de 24h. Je me sens libre de devenir une mère épanouie sans jamais me forcer et sans penser aux besoins des autres inlassablement.

Ces prestations sont bien évidemment payantes mais vous avez la possibilité de demander un devis avant de vous engager pour une garde : https://e-enfants.com/demande-informations/

Si vous souhaitez vous engager à l’année pour un temps complet, je vous conseille vivement de vous renseigner dès à présent car l’agence a l’air très prisée des parents.

Pour ma part, si cet incident venait à se reproduire, je ferai appel à cette agence sans aucune hésitation, surtout après un premier contact des plus chaleureux, rassurant, sympathique et convivial.

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Les seules personnes en lesquelles j’ai totalement confiance sont celles qui admettent que ce n’est pas simple et que ma vie de mère sera également ponctuée de difficultés. Et j’ai confiance en elles car elles savent aussi admettre que mon seul allié est ce temps qu’elles seront capables de m’accorder pour les surmonter – en me laissant marcher seule un peu comme cette petite fille que je ne suis plus.

Mon seul regret est d’avoir pensé que nous étions invincibles.

Mon père dit souvent que pour être un adulte responsable et un bon parent il faut savoir anticiper et regarder au loin – comme lorsque nous apprenons à conduire par exemple.

Bien évidemment, il dit aussi que le danger peut surgir de n’importe où et qu’il ne faut jamais rouler trop vite.

C’est donc cela l’apprentissage de la parentalité libre ? Avancer en regardant loin devant sans oublier de surveiller les angles morts, être pressé d’arriver à destination avec cette peur constante au ventre de se perdre ou d’atterrir dans une impasse. Devoir faire demi-tour, freiner, accélérer - sans jamais perdre le nord tout en étant toujours fermement attaché à la vie.

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À propos

Elodie-Jelena

Je m'appelle Elodie-Jelena, j'ai 28 ans et je travaille depuis plusieurs années dans le domaine de la communication et du marketing mais ma véritable passion est l'écriture. Amoureuse des images et des mots depuis toujours, je suis aussi aussi la maman de Chiara née en avril 2016. Découvrez les bribes de notre petite vie de famille douce et sauvage grâce à mes chroniques (sans filtre) sur la maternité, l'éducation bienveillante et positive. Découvrez aussi mes coups de cœur puériculture, mode enfant et lifestyle.

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Niki 31/08/2017 02:29

Bonsoir Elodie-Jelena,

Ca fait tellement du bien de te lire! Maman d'Ilyes depuis avril, je me retrouve trop dans cet article. Dans le fait que je ne sois pas prête moi non plus à laisser mon bébé avec des personnes qui ne partagent pas les mêmes valeurs d'éducation que moi, des personnes "désintéressée" et/ou qui ne partagent pas le simple fait que je ne sois pas prête. Et qu'est ce que ca fait du bien de se dire que l'on n'est pas seule! Alors merci pour ça