T'es qui toi ?

Il y a un an, lorsque j’ai recommencé à publier mes premiers écrits sur Instagram, je n’imaginais pas que mes ressentis, mes questionnements, mes plaisirs ordinaires, mes rêves extravagants, mes coups durs et mon projet d’écriture pouvaient intéresser même si dans le fond, j’en rêvais. J’en ai toujours rêvé. Je n’ai pour autant jamais rêvé de susciter un autre intérêt que celui-là, celui qui peut émaner de ma passion pour les images et les mots. J’ai alors décidé que mon visage, mon mode de vie et mon métier devaient rester en dehors de tout cela et que mon armure et mon bouclier face à vous seraient uniquement mon clavier.

J’ai réalisé un contrat moral avec moi-même que j’ai signé en me promettant de ne jamais dépasser les limites fixées et de ne jamais trop changer surtout. Ne pas changer est devenu une véritable obsession. Je ne souhaite ni décevoir « les gens de la vraie vie » ni vous « ici ». Il faut dire que je dois énormément à vous tous confondus. C’est « ainsi » que j’ai été acceptée sur la toile et je suis très fière de ne pas avoir eu besoin de m’exposer physiquement pour cela. Puis, pour être honnête, je ne suis absolument pas photogénique contrairement à Chiara.

Votre perception de moi et de mes mots aurait-elle été la même si mon visage était plus exposé ?

Peut-être bien que oui, peut-être bien que non. Par contre, une chose est sûre : vous auriez un intérêt différent pour ma personne. Cet intérêt aurait été basé sur mon physique, ma façon de m’habiller, de me maquiller, de poser, de manger ou sur mon niveau de vie... Sans doute aussi, auriez-vous développé une certaine curiosité voire un voyeurisme à mon égard ? Le malheur, la différence ou même la réussite attirent aussi bien les foudres que les convoitises. Beaucoup ont vu leur nombre de followers augmenter considérablement après un drame par exemple et d’autres ont dû se justifier d’avoir fait le choix de placer leur enfant dans une école privée plutôt que dans une école publique…

N’attendez-vous pas avec impatience de connaître le prénom du bébé de votre maman bloggeuse préférée ? N’avez-vous jamais dit à cette même bloggueuse qu’elle était magnifique sans le penser véritablement ? N’avez-vous jamais été jalouse car elle a retrouvé la ligne plus vite que vous alors que vous avez accouché il y a plus d’un an ? N’avez-vous jamais culpabilisé de ne pas pouvoir offrir à votre enfant le même sweat ? N’avez-vous jamais acheté une robe à un prix exorbitant juste pour publier une photo « instagramable » en jouissant de ce sentiment que « vous aussi vous en aviez les moyens » ? Bien sûr que si. Nous avons toutes connu ces cas de figure et moi, je n’ai pas envie que l’on pense tout cela de moi et de ma famille. Je n’ai pas besoin d’être enviée et je n’ai pas non plus envie d’être critiquée sur autre chose que mon travail d’écriture et ça « fonctionne » très bien ainsi.

J’ai fait des études d’information et de communication et je travaille depuis quatre ans dans ce même domaine (entre autres). J’ai donc appris les « trucs » pour réussir sur Instagram (entre autres), je connais l’envers du décor, j’ai côtoyé des filles détestables, prétentieuses, arrivistes et vénales. Ce qui est très drôle aujourd’hui, c’est qu’elles n’ont jamais su qui j’étais… Je me suis promis de ne jamais ressembler à ça si ça venait à « fonctionner » pour moi ici ou ailleurs. 

Toutefois, si je devais arrêter de travailler pour me consacrer pleinement à l’écriture (que d’ailleurs je considère comme un véritable travail) ; en étant sûre d’avoir de quoi nourrir mon enfant à la fin du mois, je n’hésiterai pas une seule seconde. Malheureusement, je suis loin de pouvoir me le permettre financièrement et surtout, je suis bien trop indépendante pour dépendre de mon mari - même s'il me le demandait. Puis, je sais que pour y parvenir (= me verser un salaire acceptable), je dois avoir un minimum de notoriété. Elle apporte, dans le milieu artistique de la crédibilité. J’ai besoin de me faire un nom pour espérer vendre au moins 15 bouquins. C’est tout.

Des fois, j’ai besoin que ça « fonctionne » plus vite, parfois, j’ai envie de tout arrêter, souvent, je suis complètement perdue.

La plupart de mes amis sont artistes. Photographes, mannequins, comédiens ou chanteurs et d’autres ont liquidé toutes leurs économies ou fait de sacrés emprunts pour monter leur entreprise. Ils galèrent tous, leurs poches sont bien souvent vides mais ils sont terriblement passionnés, ils ont la rage de réussir et ils sont toujours optimistes. Je suis uniquement envieuse de ces gens-là. Puis, sans le savoir, ils ont répondu à la question que je me posais sur les partenariats et ont mis l’accent sur qui je voulais aider.

Moi, je veux uniquement aider les petites créatrices, soutenir des idées au travers d’associations, je veux continuer à assister à des projections presse avec mes amies en ayant ce sentiment d’être quelqu’un d’important et surtout, j’ai envie d’aimer sincèrement tous ces projets, je veux avoir le coup de foudre, le coup de cœur et surtout, j’ai besoin d’avoir besoin de ces cadeaux. Et souvent, je n’en ai pas besoin parce que mon travail m’a déjà permis d’offrir à mon premier enfant des produits luxueux que je n’aurais jamais pu lui offrir dans un autre contexte.

Bien sûr, je comprends aussi les gens qui y prennent du plaisir et en font un business. Avoir un enfant de nos jours, en période de crise est compliqué. La société actuelle et les réseaux sociaux nous poussent également à toujours consommer plus - plus que de raison et nous regardons le monde avec des yeux de concupiscence. Ai-je envie d’élever mon enfant dans ces conditions ? Moi, petite fille et fille d’immigrés habituée à prouver ma légitimité dans ce pays, dans cette école, dans cette rue ou dans cette mairie suis-je pour le fait que mon enfant s’habitue à la facilité et à la gratuité ? Et le jour où il n’y aura plus tous ces cadeaux ? Que me dira mon enfant ? Que j’ai échoué ? Que je ne veux pas ce qu'il y a de meilleur pour lui ? Dans le doute, je préfère m’abstenir. J’ai bien plus peur d’être une mauvaise mère que de ne pas avoir succombé au nouveau jouet ou le dernier liberty à la mode.

Ce qui me touche le plus, c’est ce lien véritable que nous avons créé vous et moi au fil des mois. Cette relation particulière du « trop peu et du trop-plein » qui me fait du bien autant qu’elle peut m’étouffer parfois mais qui me rassure tous les jours, surtout lorsque j’ai l’impression d’être au bout du rouleau. Quel plaisir de constater qu’il y a toujours quelqu’un à l’autre bout.

On se compare et égoïstement, on est heureux de constater qu’il y a toujours pire que soit.

Puis, on voit les gens que l’on appréciait évoluer, changer, devenir des êtres plus vraiment appréciables. On tombe sur des détracteurs, des commentaires blessants ou peut-être simplement maladroits. Il y a cette citation que j’adore, tirée de je ne sais plus quel film « ce n’est pas lui qui l’a tué, c’est la balle ». La balle étant sur Instagram (ou sur n'importe quel support) notre sensibilité. Moi, je ne suis sensible que devant mes parents, mon frère, mes grands-parents, mon mari et mon enfant. Vous savez pourquoi ? Parce que si je venais à disparaître, ils seraient les seuls à me pleurer.  Ainsi, les autres et leurs potentiels jugements à mon égard ne m'intéressent guère.

Il faut dire aussi, que je ne me mouille pas vraiment et que je ne laisse que très peu de portes ouvertes à la critique, au jugement ou à la polémique. Je ne donne pas le bâton pour me faire battre. C’est pour cela que je n’en dévoilerai jamais plus et que ma ligne éditoriale restera identique aussi longtemps que j’exercerai cette activité virtuelle parallèle.

A quoi ça sert tout ça dans le fond ? Peut-être à vous dire que ce n’est pas grave d’avoir besoin d'un peu de reconnaissance, de soutien, de bienveillance et de petits cadeaux, c'est même très sain. Je peux aussi vous promettre qu’on peut même beaucoup en rire grâce à nos proches. Vous savez, ceux qui sont vraiment là, ceux que nous pouvons sentir et toucher. Le virtuel lui, ne sait pas encore sécher les larmes ni caresser nos cheveux en nous chuchotant à l'oreille : « tu es la plus belle des femmes et la meilleure des mamans quoi que tu en dises et quoi que tu en penses. Continue, je suis fier de toi. Tu sais ce que j’aime le plus chez toi ? C’est qu'ici ou ailleurs, tu n’as pas changé » ...

 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost 0

À propos

Elodie-Jelena

Je m'appelle Elodie-Jelena, j'ai 28 ans et je travaille depuis plusieurs années dans le domaine de la communication et du marketing mais mon véritable rêve est de devenir écrivaine! Amoureuse des images et des mots depuis toujours, je suis aussi aussi la maman de Chiara Mila née en avril 2016. Découvrez les bribes de notre petite vie de famille douce et sauvage grâce à mes chroniques (sans filtre) sur la maternité, l'éducation, la parentalité mais aussi au travers les Interviews des lectrices...
Voir le profil de Elodie-Jelena sur le portail Overblog

Commenter cet article

Angelilie 31/05/2017 15:40

toujours un plaisir de flâner sur vos pages. au plaisir de revenir. N"hésitez pas à visiter mon blog. lien sur pseudo. à bientôt

Sophie Ogresse 31/05/2017 10:39

Ton article et ta sincérité m'ont beaucoup touchée. Tu abordes beaucoup des questions que je me suis posée et que je me pose encore... je suis loin d'avoir trouvé les réponses d'ailleurs.

Amandine 31/05/2017 07:45

Je l'attendais avec impatience cet article. Je n'avais aucune idée de ce quil pourrait contenir mais comme Toujours il est vrai Et authentique. Je sens que trop bien Que Toi ici et ailleurs tu es La Meme Et Cest vraiement tres agréable. J'ai constaté avec le temps que certaines changeait ou qu'il fallait Qu'elles utilisent le Fait davoir Un enfant malade ou qu'il fallait qu'elles trouvent ou fassent du touche à tout pour prouver qu'elles auraient le mérite d'être "connues". Jai ete pas mal déçu ici Et Cest ca Aussi Meme Si instagram est genial qui me fait souvent douter...
J'ai remarqué Aussi qu'on avait tendance à suivre plus les brunes que les blondes (non Mais vraiement Si tu fais attention;) ou celles qui vont te repondre 1 ou 2 fois pour ensuite ne plus jamais repondre parce qu'elles ont pense t'avoir mise dans leurs poches. Certaines Aussi nous font penser qu'elles sont sincères Mais en Fait pas vraiement elles savent y faire Cest tout... enfin on pourrait en parler quelques heures autour de ta table preferee Et d'un bon verre de mojito bisous

Mline 30/05/2017 23:12

C'est un très bel article bravo. Surtout à l'heure où beaucoup donc moi se pose les mêmes questions. Le choix du blog etait avant toi professionnel. Et puis il y a eu le deuxième bébé et le plus le temps de bosser. Et la fièvre d'instagram et cette surexposition de mes enfants me remettant tel un cycle tous les mois en questions. Le besoin, l'envie de les protéger, ne pas supporter les comptes ne tournant qu'autour de bébé et pourtant... les rencontres virtuelles d'instagram débutant en même temps que moi et progressant bcp trop vite à force de tout montrer me pousse à tjs repousser mes limites comme si je repoussais ma propre barrière invisible- celle de la fierté et de ne pas me sentir à la hauteur par rapport aux autres... Je pense j'ai envie de tout arrêter et pourtant j'y ai fais de belles rencontres. Mais tout ce temps passé à essayer de construire quelque chose de qualité, esthétique, centre sur mes intérêts a clairement échouer et certains projets pris devront du coup être revus... Je passe aussi cet effet culpabilisant des modes de vie plus traditionnels par rapport aux nôtres, de là réussites de ses "mompreneurs" et de leurs conseils qui me font clairement culpabiliser de ne pas y arriver ( bien que notre contexte soit différent je le sais), de se besoin de tôt vivre à travers le téléphone plutôt que de réellement profiter... Bref plusieurs questions et un bel avis de ta part Merci!

Picou 30/05/2017 22:31

Très joli article! J'ai pris le parti, comme toi, de respecter un certain anonymat en en montrant le moins possible, de moi comme de mes filles. Non parce que je ne m'assume pas, j'ai bien des défauts et je ne souhaite pas forcément les mettre en valeur, mais pas les cacher non plus. Ce que j'aime, c'est le mystère - chacune m'imagine comme elle le veut d'après mes lignes - et aussi le fait que ça ne parasite pas mes mots.

J'avoue que ce n'est pas forcément facile tout le temps, surtout quand on vient de se lancer, la tentation est grande de vouloir se dévoiler un peu trop, ou comme tu dis, de chercher les bons filtres, les bons accessoires, les belles mises en scène pour gagner des abonnées. Alors, comme tout le monde, j'essaie de me présenter de façon positive et attractive - on ne va pas se leurrer - mais je ne veux pas y passer des heures ou m'inventer une vie qui n'est pas la mienne. Qui m'aime, me suive.

Pour l'instant j'estime que ça me réussit, et je ne veux pas perdre mon authenticité aux sirènes des réseaux sociaux et du succès. Si j'ai envie de faire un article sur un livre ou une recette, je le fais, même si ça marche moins bien que mes articles "phares" (sur la parentalité). Pour moi, le principal attrait des blogs c'est la personnalité et l'authenticité, sinon, autant lire un magazine! (j'ai d'ailleurs déjà abordé ce thème aussi sur mon blog).

J'aime les univers, les mots, au delà de la perfection. Certaines blogueuses arrivent à mixer les deux, et à avoir du succès, sans être inaccessibles - c'est super! Mais bien d'autres ont leur univers propre, avec des textes super et des personnalités attachantes, bien qu'elles soient moins dans la lumière. Et elles m'intéressent tout autant!
En tout cas, j'ai beaucoup aimé cet article alors je file découvrir mieux ton blog...!