Quelle vilaine habitude !

La séparation précoce ne conduit pas à l’autonomie mais vers la peur de l’abandon et la dépendance relationnelle. L’autonomie s’élabore sur un sentiment de sécurité.

Au cœur des émotions de l’enfant – Isabelle Filliozat

QUOIIIIIIIIIIIIIIIII ??!!! TA FILLE S’ENDORT DANS VOTRE LIT TOUS LES SOIRS ?!!!

Ce n’est qu’une phrase parmi tant d’autres et c’est une phrase qui aurait tout à fait pu sortir de ma propre bouche il y a plus d’un an. J’avais terriblement peur d’avoir un enfant « pot de colle et assisté ». Ben quoi ? Ce n’est pas ce qu’on vous a dit lorsque vous avez avoué pratiquer le cododo ? On m’a toujours dit que c’est ce qui se passerait si toutefois j’envisageais cette pratique et moi, j’y ai cru.

  • Vous êtes foutus, quelle mauvaise habitude !!!
  • Ah ouai, vous n’avez plus aucune intimité quoi ?!
  • Vous pouvez l’étouffer t’imagines ?!
  • C’est sale pour l’enfant !

J’y ai cru jusqu’à ce que je devienne la maman de Chiara.

Chiara a fait ses nuits dès notre retour de la maternité. Oh ne pensez pas que je me vente, je n’y étais pour rien (F. non plus d'ailleurs). La vérité c’est que c’est grâce au studio dans lequel nous habitons que Chiara a fait ses nuits instantanément. Nous n’avons pas de chambre par conséquent, Chiara a toujours vécu malgré elle selon notre rythme et a d’emblée été habituée à nos odeurs, notre présence, la lumière et le bruit. Ce n’est pas grâce à nous. Ils ont tous d’ailleurs bien insisté sur ce point.

Rien ne convient vraiment aux gens finalement – Si le bébé ne fait pas ses nuits ça ne va pas et c’est à cause de nous et si le bébé fait ses nuits et bien, ça ne va pas non plus mais ce n’est jamais grâce à nous – Il y a toujours des circonstances particulières, une relation de cause à effet qui justifient que nous, parents, ne pouvons être totalement responsables du bien être de notre enfant (surtout quand il s’agit du premier)... Comme si, notre manque d’expérience nous rendait complètement illégitimes.

Je n’ai jamais écouté ces réflexions car elles sortaient généralement de bouches d’individus qui ne m’intéressent pas spécialement et pour lesquels je n’ai pas forcément d’affection. Je suis touchée, vexée, émue uniquement par les gens qui comptent pour moi. Par conséquent, j’estime que le fait de donner des conseils en matière d’éducation à quelqu’un qui ne nous porte pas dans son cœur est légèrement… inutile voire déplacé.

Je me souviens qu’à 5-6 mois, Chiara n’arrivait pas à s’endormir, préférant jouer. Elle était très agitée et nous, complètement épuisés physiquement et psychologiquement. Le coucher était une véritable épreuve, notre épuisement était palpable et surtout, il se ressentait sur notre enfant. C’est à partir de ce moment-là que nous avons commencé à l’endormir dans notre lit, près de nous. Cette technique fut la seule efficace pour qu'elle trouve le sommeil. Une fois endormie, nous la mettions dans son lit. Puis, en effet c’est devenu une habitude très rapidement.

Souvent, le mot « habitude » est péjoratif et sous-entend donc quelque chose de négatif. Ici, est-ce négatif que de vouloir offrir un endormissement apaisé et rassurant à son enfant ? C’est ce même mot qui fait peur aux autres, à cet entourage censé être bienveillant et respectueux de nos décisions. Ils ont peur de l’après, que cette solution soit finalement un plus gros problème que le problème initial et que nous ne soyons pas en mesure de mettre fin à cette vilaine « habitude ».

La vérité ici, c’est ce que Chiara est trop indépendante et trop indocile, je pense, pour accepter cela longtemps. Je vous assure que quand elle veut ou ne veut pas quelque chose, elle sait très bien l’exprimer. Ainsi, le soir, si elle souhaite s’endormir dans sa chaise haute, sur le canapé, dans son bain ou dans nos bras, elle ne nous demandera pas notre avis et elle obéira à son propre besoin naturel de dormir. Elle s’endormira n’importe où par épuisement général ou simplement parce que l’endroit en question lui aura procuré un certain confort ou aura su la rassurer (parfois mieux que nous). Etrangement, quand il ne s’agit pas d’un lit conjugal, il ne semble pas y avoir de problème, personne n’a peur que ça devienne « une mauvaise habitude ». Pourtant, une chaise haute est beaucoup moins confortable...

Voici donc 6-7 mois que nous endormons Chiara près de nous, dans notre lit contre l’avis général. Je viens aussi de vous avouer pourquoi je suis incapable de la laisser dormir chez quelqu’un d’autre. C’est notre moment à nous et de toute façon, les autres sont beaucoup trop fermés pour entendre qu’ils ne connaissent pas assez mon enfant. Puis quoi ? Ils feront différemment juste pour me prouver quelque chose ? Mon enfant sera donc le cobaye d'une expérience malsaine visant à nous rabaisser ?

Non, un statut généalogique n’instaure pas automatiquement le fait de connaître un enfant mieux que sa mère ou son père.

Est-elle un pot de colle et une assistée ?

La réponse est sans aucune hésitation : non. Ma fille m’appelle rarement « maman » par contre, c’est vers moi qu’elle tend toujours les bras quand elle a un chagrin ou qu’elle veut jouer, elle est câline quand elle le décide et elle déteste être forcée, elle est relativement autonome, elle sait jouer seule mais elle adore jouer avec les autres enfants au square, elle souhaite manger et tout faire seule, ne pleure pas souvent et elle va volontiers dans les bras de tout le monde et ce, toujours avec le sourire.

« Chaque relation est une création unique » disait Isabelle Filliozat dans son merveilleux ouvrage.

Ma fille est unique et la relation entretenue avec elle l’est aussi. Elle nous appartient et j’en suis autant responsable qu’elle. Nous perdons tellement de temps à écouter les autres, à être vexé par une remarque, une réflexion, une critique ou à nous demander si nous sommes une bonne mère ou un bon père … Pourquoi ne pas plutôt se consacrer pleinement à écouter son enfant ? Si demain, je suis une mauvaise mère c’est que mon enfant me l’aura dit et qu’il saura m’expliquer pourquoi.

Qui saura mieux que mon enfant me dire ce que j’ai manqué, là où j'ai fauté et ce qu'il aurait voulu que je fasse pour le rendre encore plus épanoui et heureux ?

Personne.

Alors, je vais continuer à respecter son choix en ne la forçant pas à poser pour une photo par exemple ou à ne pas l’embrasser quand elle me repousse, je vais aussi continuer à savourer ces instants incroyables quand elle s’endort son souffle dans mon cou et sa main dans la mienne, je vais continuer à l’emmener au square et à lui apprendre à jouer seule et puis, je vais continuer à l’endormir près de nous tant qu’elle en aura besoin. Comme une maman oiseau, je vais lui bâtir un nid douillet qu’elle quittera un jour sans me demander mon avis mais en se retournant sans doute mille fois.

Et puis au pire, on s’aime.

 

 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost 0

À propos

Elodie-Jelena

Je m'appelle Elodie-Jelena, j'ai 28 ans et je travaille depuis plusieurs années dans le domaine de la communication et du marketing mais ma véritable passion est l'écriture. Amoureuse des images et des mots depuis toujours, je suis aussi aussi la maman de Chiara née en avril 2016. Découvrez les bribes de notre petite vie de famille douce et sauvage grâce à mes chroniques (sans filtre) sur la maternité, l'éducation bienveillante et positive. Découvrez aussi mes coups de cœur puériculture, mode enfant et lifestyle.

Commenter cet article