Les interviews des lectrices: Ma mère toxique.

Qu'on le veuille ou non, notre relation avec notre mère change, évolue lorsque nous devenons à notre tour une mère. Certaines se rapprochent, d'autres s'éloignent. Comment fait-on toutefois lorsque nous avons toujours entretenu une relation malsaine, dangereuse et instable avec une mère toxique ? Marie nous livre son témoignage très émouvant et revient sur son enfance et sa relation toxique avec sa maman aujourd'hui décédée.

Bonjour Marie, qu'est-ce qui t'a donné envie de prendre la parole aujourd'hui ?

Je m’appelle Marie, j’ai 26 ans et je suis maman d’un petit garçon depuis le 12/12/2016.

J'ai ressenti le besoin de m'exprimer assez vite après la naissance de mon fils mais je ne savais pas à qui me confier ni pourquoi j'en ressentais le besoin. Puis, j'ai compris qu'il était temps pour moi de trouver la force pour écrire ce bouquin. Ce bouquin qui raconterait mon histoire avec ma mère.

J'ai perdu ma Maman en juillet 2015 et je n'arrêtais pas de me demander comment serait ma vie de Maman si elle avait été toujours là. Je lutte contre ma vision idéalisée de ma mère tout en étant triste de son absence… C’est une ambivalence incompréhensible que j’avais besoin d’exprimer.

J’avais juste besoin d’être lue, entendue, je ne sais pas… Alors, j'ai décidé de me confier à toi et à tes lectrices (peut-être concernées), avant de me lancer dans l'écriture de mon livre. Aborder le sujet, mettre des mots sur la difficulté de devenir mère quand on a eu pour modèle une relation compliquée et destructrice, je pense qu’il y a de quoi soulever pas mal de pages...

Après la solitude émotionnelle subie après la naissance de mon enfant, je ressens à présent le besoin de partager mes doutes et mes craintes pour dire et prouver que tout est possible. Oui, il est possible d'être une bonne mère, d'être un modèle pour son enfant même si celui qui devait être le nôtre nous a fait terriblement souffrir.

Peux-tu nous en dire plus sur ton enfance ?

Cette question est toujours compliquée pour moi. Je n'ai jamais vraiment eu l'impression d'avoir eu d’enfance… J'ai toujours eu des problèmes « d'adultes » au final. Au divorce de mes parents, à mes 3 ans et demi j'ai vécu avec ma mère. Elle a quelque temps après, rencontré un homme très particulier. Un homme que l'on pourrait appeler "gourou". Ils ont vécu dans une sorte de ménage à 3 avec une autre femme pendant des années... Mon frère est arrivé dans nos vies lorsque j’avais 5 ans. Son père était très violent, ma mère aveuglée. Puis, un an plus tard, ils sont partis vivre sur un autre continent...

Mon père a alors demandé ma garde auprès du juge car il a constaté des signes de maltraitance. À son retour, ma mère n'a jamais fait le déplacement chez le juge, n'a jamais répondu à un fax... Rien. Mon père a donc eu ma garde mais été très conciliant sur le temps que je passais avec ma mère. Puis, elle a décidé de repartir quelques années plus tard pour vivre avec mon frère 500km de moi. Les 4 années suivantes furent ponctuées de simples coups de téléphone et quelques vacances ensemble… C’est tout.

À mes 14 ans, je suis allée vivre avec elle, pensant sur c'était bon, que nous allions réussir à nous entendre et être heureuses ensemble.... Je suis revenue 2 ans plus tard chez mon père avec la tête infestée de poux, 15kg en plus, alcoolique, en pleine dépression et agoraphobe.

Enfant, je me vois ballotée, solitaire et souvent triste, même si je ne suis pas de nature mélancolique et pessimiste. J'ai été heureuse mais mes plus beaux souvenirs ne se trouvent pas dans mon enfance, pour moi ce ne sera jamais la Belle Époque.

A quel moment as-tu compris que quelque chose, dans la relation que tu avais avec ta mère "n’allait pas" ?

A 10 ans, je suis allée voir mon père en lui disant que je n'aimais plus ma mère et que je ne voulais plus de contact avec elle. Je pense que mon ressenti faisait suite à son "oubli" de me souhaiter mon anniversaire...

Elle oubliait aussi de venir me chercher à l'école et j’étais souvent la dernière à attendre sa maman. Pourtant elle ne me voyait qu'un mercredi et un week-end sur deux... Un jour j’étais  « jolie » et le lendemain, je n’étais plus qu’une « grosse vache avec un gros cul plein de graisse ». Quand mon frère ramenait des poux à la maison, elle refusait de m'aider à me traiter sous prétexte que « elle elle n'en avait pas » ou encore quand elle me faisait faire des ménages en soirée alors que je n’avais que 14 ans me promettant de l’argent de poche…

Un jour, je lui ai expliqué qu'il s'était passé quelque chose de bizarre lors d’une soirée, que j'avais des trous noirs et que je m’étais réveillée avec un garçon en moi sur la plage… Elle a répondu que je n’aurais pas dû boire autant... Pourtant, 2 ans plus tard et après plusieurs plaintes relatives à des histoires similaires, ils ont prouvés que la barmaid mettait du GHB dans les verres des jeunes filles pour augmenter les consos et la fréquentation… 

Elle me mettait constamment en concurrence affective avec mon frère. Elle m'aimait puis ne m'aimait plus vraiment, elle répétait souvent, énervée, qu'elle aurait dû avorter. Elle me culpabilisait, me foutait dans des situations où je me mettais clairement en danger… Rien n'était normal mais c'était ma normalité. Notre normalité.

J’ai tellement d'exemples pour dire que ce n'était pas normal ... On pense que c'est nous qui ne sommes pas comme il faut et non celle qui est censée être notre mère.

Quel comportement adopter face à une mère toxique ?

Je dirais que le plus difficile face à une mère toxique c'est tout simplement de s'individualiser. D'exister pour soi et de réussir à s'apprécier, s'accepter.

Le seul comportement à adopter serait de tenter de rester lucide sur la situation. Mais la toxicité et les conséquences sont trop importantes pour qu’il y ai une "formule magique" pour agir comme il le faut à chaque fois. Par contre, il faut avoir quelqu'un de sain et de confiance à qui se confier, sur qui s’appuyer et sur qui prendre exemple. Je pense que c'est surtout les personnes qui ont des doutes sur la toxicité de quelqu'un qui doivent être à l'écoute de la personne concernée afin qu'elle puisse avoir un repère sain et puisse vider son sac. L'écoute, l'écoute et toujours l'écoute.

A présent tu es maman, cette relation destructrice avec ta mère a-t-elle eu des conséquences sur ta propre maternité ?

Oui bien sûr, quand j'ai su que j'étais enceinte, je ne m'autorisais même pas à être heureuse car mes craintes de reproduire étaient immenses !!! Je suis allée tout de suite voir une psy pour parler de tout ça. Quand on a eu un tel modèle destructeur en guise de figure maternelle, il y a de quoi se poser des questions. Je sais bien que certains schémas sont inscrits malgré moi dans mon cerveau, dans les mécanismes que je ne peux anticiper toutes mes réactions et j'avais cette crainte terrible de lui ressembler jusque dans les moindres détails. Je n'ai été aimée par une maman que de cette façon après tout... Comment faire alors pour être une maman douce, bienveillante et attentionnée avec un petit être innocent et si fragile ? J'avais peur de le briser cet enfant, comme j’ai été brisée par elle. J'avais peur d'être inconstante, piquante, violente j'étais terrorisée à l’idée d’éduquer et d’être totalement responsable du développement d'un être humain.

Comment  guérit-on d’une mère toxique ?

Je ne pense pas que l'on puisse guérir. Cependant, on peut finir par apprivoiser cette relation, en fonction de son histoire et de sa toxicité pour réussir à s'en préserver. Il faut beaucoup travailler sur soi, sur son histoire pour mieux se comprendre et réussir à réagir émotionnellement "normalement" et éviter de rechercher cette relation dans ses amours, amitiés, relations professionnelles... et surtout ne pas reproduire.

Si tu devais dire quelque chose à ta maman, aujourd'hui disparue ?

Je lui dirais que je lui pardonne. J'ai assez travaillé sur moi, j'ai compris son histoire aussi, je ne suis pas dans la rancœur. Peut-être est-ce dû à sa maladie et à son décès … J’ai été présente auprès d’elle jusqu’à ce qu’elle rende son dernier souffle. Puis, j’ai donné naissance à mon enfant l'année d'après à seulement 2 jours de son anniversaire. Je suis heureuse aujourd'hui, je lutte encore contre certains démons du passé mais je suis tellement bien accompagnée, plus affirmée, je suis Maman. C'est une joie immense et un véritable moteur dans mon quotidien.

Je lui dirais donc "Je te pardonne Maman et je t'aime. Sois heureuse, cherche la lumière. Moi ici tout va bien".

 

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À propos

Elodie-Jelena

Je m'appelle Elodie-Jelena, j'ai 28 ans et je travaille depuis plusieurs années dans le domaine de la communication et du marketing mais ma véritable passion est l'écriture. Amoureuse des images et des mots depuis toujours, je suis aussi aussi la maman de Chiara née en avril 2016. Découvrez les bribes de notre petite vie de famille douce et sauvage grâce à mes chroniques (sans filtre) sur la maternité, l'éducation bienveillante et positive. Découvrez aussi mes coups de cœur puériculture, mode enfant et lifestyle.

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Man0umi 12/05/2017 10:28

Témoignage bouleversant. Il me fait penser à ce livre incroyable que 'ai refermé il n'y a pas longtemps : Le Château de Verre de Jeannette Walls <3