Les interviews des lectrices: "Maman est partie ma puce".

La grossesse change, qu'on le veuille ou non notre regard sur notre propre mère et peut faire évoluer les relations entre une mère et sa fille. Comment fait-on toutefois lorsque notre mère n'est plus de ce monde ? Comment vivre sa grossesse et sa maternité sans les conseils, le regard et la bienveillance de celle qui nous a donné la vie ?

Aujourd'hui, c'est Juliette qui répond à mes questions. Juliette a vécu le décès de sa maman alors qu'elle était enceinte de son deuxième fils, Nathan. Une dualité vie/mort éprouvante émotionnellement mais qui donne lieu à une rage de vivre inégalable.

Bonjour Juliette, qu'est-ce qui t'a donné envie de prendre la parole aujourd'hui ?

Bonjour je m'appelle Juliette et j'ai 28 ans. Je suis maman de deux petits garçons. Mon premier Noah, a bientôt 6 ans et il est né d'une première union et Nathan, mon dernier va sur sa deuxième année. Je suis à la base quelqu'un de très joyeux. J'aime la vie. J'ai voulu aujourd'hui faire part de mon histoire afin d'aider si possible d'autres mamans qui peuvent peut-être se retrouver dans la même situation, également parce que parler est pour moi une thérapie et que cela me fait du bien. J’ai perdu ma maman, décédée des suites de son cancer lorsque j'étais enceinte de Nathan. J'étais donc à 5 mois de grossesse.

J'imagine que l'annonce de ta grossesse a dû être comme un rayon de soleil pour ta famille, et plus particulièrement pour ta maman... Comment avez-vous vécu ces premiers mois de grossesse ?

Nous avons décidé, mon mari et moi de faire un enfant après 2 ans de relation. J'étais déjà maman de mon petit Noah. Jeremy, mon mari s'en est toujours occupé comme si c'était le sien mais forcément, j'avais envie de faire un enfant avec lui. C'était une évidence. 2 semaines après, je tombais enceinte. Ma maman était déjà malade depuis 2 ans. Elle avait un cancer du poumon. Je savais que l'issue serait fatale mais je ne savais pas quand forcément... Elle était tellement proche de Noah. Elle l'aimait profondément. Elle était si fière de lui. Je voulais la rendre encore une fois heureuse. Je suis tombée enceinte en août et à l’annonce, elle était en effet folle de joie. J'ai appris plus tard qu'elle avait demandé, supplié ses docteurs de "la faire tenir" jusqu'à la naissance de son deuxième petit-fils... J'étais heureuse mais aussi mitigée. J'avais peur et je n'osais pas trop me projeter… Ce qui comptait c’était qu’elle soit heureuse….

J'ai moi-même perdu ma grand-mère à 6 mois de grossesse. J'ai eu l'impression de devoir, pour mon bébé, "accélérer" le processus de deuil et l'accepter très vite... Comment as-tu vécu au quotidien la peine immense d’avoir perdu un être proche et la joie d’être sur le point de donner la vie ?

Nous sommes le 1 janvier 2015, veille de mon anniversaire. Je suis enceinte de 5 mois. Il est 7h du matin quand je reçois cet appel de ma grand-mère. "Maman est partie ma puce".

Ma vie a basculé. Forcément, on pense à ce bébé pendant un instant en se demandant l'impact que ce drame aura lui, sur soi, sur nous tous quoi. Puis, en me rendant à l'hôpital pour "dire au revoir à ma maman", c’est un sentiment de colère et de haine qui s’est brutalement emparé de moi. J’étais dévastée. j'ai crié à mon père que plus rien n'avait d'importance pour moi. Forcément j'y incluais mon petit bébé dans mon ventre. Je trouvé à cet instant précis, la vie tellement injuste... J'allais devoir finir ma grossesse sans ma maman. Je n'avais plus donc plus aucun repère, plus d’épaule, plus de bras, plus de voix pour me guider. Toutes les étapes de ma vie de femme et de jeune maman se feraient sans elle. J'ai fait un rejet de ma grossesse. Je n'étais plus du tout impliquée. Cette contradiction de sentiments. La vie/la mort, c'était trop pour moi.

J'ai été assez "protégée" suite au décès de ma grand-mère… L'entourage conseille en général de ne pas se rendre sur le lit d'hôpital ou bien à enterrement... Comment as-tu vécu cette pression pourtant bienveillante ?

Je n'ai ressenti absolument aucune pression. Je suis de nature à n'en faire qu'à ma tête. Et encore plus maintenant. Il était inconcevable de ne pas me rendre aux obsèques de ma maman. C'était dur, j'étais grosse comme une baleine. Je sentais sur moi les regards des gens. J'étais tellement gênée. Je ne voulais pas faire pitié. Alors j'étais forte. Je sourirais et je demandais aux personnes présentes "ça va?" C'était plutôt irréel à vrai dire…

Le 13 mai 2015, j’ai donné naissance à mon deuxième petit garçon. Nathan. J'ai tout de suite pensé à ma maman car elle aurait été la première personne à au courant… Et là, j'étais sur la touche. J'étais perdue. Entre joie et douleur intense face au manque de ma maman. Aujourd'hui je n'ai pas honte de dire que non je n'étais pas heureuse enceinte ni peu de temps après la naissance de Nathan. Les premiers mois de vie de Nathan étaient insupportables. Il pleurait jour et nuit. C'était le bébé le plus stressé, le plus tendu qui puisse exister et c’était à cause de moi.

Voilà l'impact que ce décès a eu sur nous. Il était là, au creux de moi et je ressentais tout très fort mais puissance 10 et je ne me suis souciée que de moi. J'ai été égoïste et m'en veux maintenant. J'ai ensuite eu "l'immense chance" d'avoir un baby blues. Je touchais le fond. J'ai mis 1 an à me remettre à peu près mais aujourd'hui c'est toujours aussi difficile. J'ai été suivie par plusieurs psychiatres, psychologues, spécialistes... Je n'ai pas été assez entourée à mon goût par mes proches) et on a souvent été dur envers moi. On me demandait de tourner la page, on me répétait que je devais ouvrir les yeux, que j'avais des enfants, qu'il fallait tenir le coup, aller de l'avant, être forte....

Quels conseils voudrais-tu donner à une future maman qui a perdu un proche ?

Mon conseil est tout simplement de dialoguer. Il faut absolument parler. Ne pas garder pour soi ses craintes, sa peine, ses questions. C'est je pense la chose la plus difficile que j'ai eu à vivre. Il faut en parler. Nous ne sommes pas infaillibles, j’en suis la preuve.

 

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À propos

Elodie-Jelena

Je m'appelle Elodie-Jelena, j'ai 28 ans et je travaille depuis plusieurs années dans le domaine de la communication et du marketing mais ma véritable passion est l'écriture. Amoureuse des images et des mots depuis toujours, je suis aussi aussi la maman de Chiara née en avril 2016. Découvrez les bribes de notre petite vie de famille douce et sauvage grâce à mes chroniques (sans filtre) sur la maternité, l'éducation bienveillante et positive. Découvrez aussi mes coups de cœur puériculture, mode enfant et lifestyle.

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