Petite, je rêvais d'avoir du talent.

Petite, je rêvais d’avoir du talent. J’ai essayé le piano, la peinture, le tennis puis, plus tard, j’ai essayé le théâtre, le chant et être moi-même. Je rêvais d’être celle qui « transmet » des trucs aux gens, celle dont on dit qu’« elle a un truc ». Vous savez ce fameux « truc » que tout le monde n’a pas ? Ce truc unique.

Je ne me voyais absolument pas travailler dans un bureau, esclave d’un patron et d’un salaire minable. Je ne m’imaginais pas non plus emprisonnée dans un open space huit heures par jour à exécuter les mêmes tâches comme le ferait un robot sans âme. Je voulais rester libre, indépendante et émancipée quoi qu’il arrive. Il y a quinze ans, c’était ma vision de l’épanouissement personnel et c’était l’objectif que je voulais atteindre.

Imaginer réussir cet exploit était déjà synonyme de talent selon moi. Nous admirons tous celui qui semble libre et à l’aise dans ses baskets non ?

Qu’en est-il quinze ans plus tard ?

Voilà 10 ans que je travaille et que je ne me sens pas spécialement épanouie. Je ne vis pas de ma passion donc forcément, je ne suis pas objective. Je vais travailler parce que je dois me nourrir, habiller mon enfant, et payer mes factures. N’importe quel métier est nul puisque je n’écris pas. Je suis souvent en colère et parfois, j’ai l’impression d’être nulle moi-même. Cette colère est très difficile à canaliser car elle est spontanée. Un rien peut la déclencher et un tout ne suffit pas à la faire disparaître.

Je me souviens encore très bien de ce concours de jeunes écrivains au collège. Je me souviens de cette autorisation jetée à la poubelle par mon père et de son fameux « t’as pas plutôt des devoirs toi ? Tu te trouves toujours des excuses pour ne pas étudier ! ». Avec le temps, j'ai compris que c'était pour mon bien, pour m'assurer un avenir certain, un bon métier, et une retraite. Tout ce que tu ne comprends pas quand tu as 14 ans et tout ce que je refusais d'entendre.

J’ai toujours détesté l’école et particulièrement le système éducatif français que je trouvais déjà trop rigide, périmé et désuet mais aussi pour d’autres raisons personnelles dont je refuse de parler ici. L’apprentissage, selon moi, peut tout à fait se faire à la maison, dans un cadre rassurant, familier et agréable. Enseigner "la vie" à des adolescents est pour moi bien plus important que certaines formules mathématiques ou procédés chimiques (surtout quand on n'aspire pas à devenir biologiste ou chimiste)... Puis franchement, qui se souvient de la réaction entre le fer et l’acide chlorhydrique ? 

Moi, je rêvais de « cours de vie ». J’avais envie que mon professeur de français organise des ateliers d’écriture par exemple ou qu’il soit lui-même passionné par son métier. J’avais besoin de clés pour affronter la vie d'adulte ou d’être mieux préparée à mon entrée dans la vie active. J'avais besoin que les CPE s'intéressent à mes rêves, mes qualités, mes envies plutôt qu’à mes défauts et mes sérieuses lacunes dans les matières scientifiques. Lorsque j’ai évoqué ma phobie des chiffres, j’ai été collée pour insolence. Aujourd’hui, on se moque encore de moi.

Sans le vouloir, j’ai été baignée dans le pessimisme et la négativité. Le fait d’avoir été incomprise à cette période pourtant décisive de ma vie m’a fait devenir indocile et révoltée.

On a toujours attendu de moi que je sois « normale », que je ne fasse pas trop d’histoires et que je suive les autres ; les bons élèves, ceux qui rentrent chez eux directement après l’école pour attaquer leurs devoirs. Tout ce que j’ai fait ou pas fait, était pour les autres finalement. Je copiais l’écriture de la première de la classe, je lisais les mêmes livres qu’elle, j’étais fan des mêmes chanteurs, je voulais un chat comme elle, un chien et un hamster aussi, un lit mezzanine, je rêvais d’être sa copine, sa meilleure amie, qu’elle m’invite à sa soirée d’anniversaire et qu’elle me laisse écrire un mot dans son agenda. Seulement voilà. Elle, elle rêvait d’être biologiste pour inventer un vaccin contre le cancer et elle, elle n’avait pas la phobie des chiffres. Mon père voulait donc que je ressemble à ça ? A quelqu’un de parfait ?

Qu’en est-il quinze ans plus tard ?

Depuis la naissance de mon premier enfant, j’ai l’impression d’être en pleine crise d’adolescence intérieure sauf que celle-ci est mature, réfléchie et posée. A deux semaines de mon vingt-huitième anniversaire, j’estime qu’il est grand temps de penser à moi, rien qu’à moi.

Plus personne n’attend après moi finalement. J’ai donné naissance à Chiara ; premier petit-enfant, première nièce, première cousine, première filleule… Que veulent-ils de plus ?

Mes devoirs sont toujours là mais ont légèrement changé. Mes notes sont vos likes, vos emails et vos commentaires précieux. Je ne ressens aucune pression toutefois. Je le fais surtout pour moi.

Malade, j’ai réalisé quelque chose qui peut sonner niais et bateau mais qui, pourtant a changé les raisons de ma démarche : la vie est trop courte, on n’en a qu’une.

J’ai fait des études que je n’aimais pas mais qui « sonnaient bien », j’ai perdu mes diplômes, je passe huit heures par jour le cul prisonnier d’une chaise et je rentre chaque soir accompagnée de ma valise remplie de regrets de ne pas voir osé.

Cette valise me quitte lorsque je franchis le pas de la porte de notre studio. Chiara m’attend comme un petit chiot et hurle de joie tout en remuant les jambes et les bras. Je crois qu’elle se fout de savoir si sa maman a du talent ou non. Si elle pouvait parler, je suis certaine qu’elle me demanderait de m’en foutre aussi. Mais elle ne me le dit pas alors, le lendemain, je me surprends encore à rêver, espérer et envier. J’admire toujours ces femmes qui arrivent à conjuguer passion et travail, celles qui trouvent le temps d’aller faire du sport, celles qui ont tout quitté par amour ou tout simplement par envie, celles qui se fichent du bruit que leurs choix feront et celles qui ont atteint un épanouissement personnel sans avoir fait les choses pour les autres.

Moi, j’ai besoin de reconnaissance, d’être encouragée, comprise, écoutée, que quelqu’un me dise que je fais bien ou que l’on corrige mes erreurs. J’ai souvent besoin d’être aimée pour ce que je suis vraiment.

15 ans plus tard, il paraît que « celle qui a porté et donné la vie est capable de tout affronter ». Nous avons toujours qu’une seule vie, elle est toujours aussi courte, je n'ai pas retrouvé mes diplômes mais j'ai gagné un livret de famille, je suis toujours l'esclave d'un patron, j'ai toujours un salaire minable et j'ai toujours peur des chiffres. Celle qui était alors première de la classe n'a visiblement pas réalisé son rêve puisque mon amie a un cancer. Tu vois papa, elle n'était pas si parfaite que ça finalement...

 

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À propos

Elodie-Jelena

Je m'appelle Elodie-Jelena, j'ai 28 ans et je travaille depuis plusieurs années dans le domaine de la communication et du marketing mais mon véritable rêve est de devenir écrivaine! Amoureuse des images et des mots depuis toujours, je suis aussi aussi la maman de Chiara Mila née en avril 2016. Découvrez les bribes de notre petite vie de famille douce et sauvage grâce à mes chroniques (sans filtre) sur la maternité, l'éducation, la parentalité mais aussi au travers les Interviews des lectrices...
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