Marlboro et mojitos

« Merci de respecter ma liberté ». C'est ce que je lui ai dit en rentrant cette nuit après une soirée Marlboro et Mojitos.

Il a toujours su me laisser libre. Je suis sa rebelle, sa révoltée, son indocile, son insoumise, son électron libre. Je suis sa douce colombe indomptable et je crois que c’est ce qu’il préfère chez moi. C’est ce qu’il dit. Il y a 6 ans et demi, moi, je pensais que ce serait la cause de notre rupture à venir. Elle semblait si évidente. Il y a 6 ans et demi.

Notre relation fait jaser. Ils ne nous trouvent pas assez romantiques, trop pudiques, ils ironisent sur nos différences, se demandent comment tu arrives à supporter mon humour et comment moi, j’arrive à supporter ton calme légendaire.

Notre relation fait parfois envie aussi. Ils te trouvent conciliant, rationnel et attentionné et ils me trouvent déterminée, altruiste et généreuse. C’est ce qu’ils disent.

Elle ne semble plus si évidente. Depuis 6 ans et demi.

Eux sont heureux d’être fusionnels, passionnés, fugaces là où nous sommes comblés d’être libres.

Nous avons compris que pour être heureux ensemble, nous devions commencer par être heureux l’un sans l’autre et pour nous-mêmes. Le bonheur est souvent la seule chose que l’on ne puisse pas donner sans l’avoir.

Nous construisons notre bonheur jour après jour. Qu’il soit dans notre épanouissement personnel, nos carrières, nos souvenirs, nos relations sociales, nos lectures, nos passions et nos envies contraires.

Mon envie de m’enfermer, ton envie de voir du monde, ton envie de te coucher tôt, mon envie de danser toute la nuit. Mon besoin de prendre l’air, ton besoin de courir, mon besoin de hurler, ton besoin de te contenir. Mon besoin de toi, ton envie de moi.

Chiara est le résultat de nos deux bonheurs réunis. Des années de travail et de patience pour donner vie à un être pensant plutôt qu’à un objet censé panser.

Nous l’étions déjà chacun de notre côté et ensemble. Notre enfant nous a simplement rendus conscients et encore plus libres.

« Profite bien de sortir avant d’avoir un enfant hein ! Après tu pourras oublier les sorties, les Marlboro et les mojitos ! ».

Alors, j’ai eu peur car j’y ai cru. Ils avaient des arguments solides.

« Une famille suffit à être heureux, pas besoin de plus »

« T’es maman maintenant, tu es responsable. Pourquoi aurais-tu besoin de sortir le soir ? »

« C’est ça quand tu es mère… Tu vas au boulot, tu ranges, fais des machines et tu t’occupes du petit »

« Tu pourras dire adieu à ta liberté, tu verras »

C'est ce qu'ils ont dit.

Alors, pour me préparer au mieux à être complètement dépendante, fusionnelle et passionnelle, j’ai entamé le processus de deuil de ma liberté d'être une femme indépendante, une colombe indomptable.

 Je me suis isolée, j’ai perdu mon sens de l’humour, mon envie de découvrir, de danser, d’apprendre, d’écrire et de sourire. Avec lui, qu’avec lui, toute la journée et toute la nuit, je me suis sentie bien seule. Je n’étais plus celle dont il était tombé amoureux. Je n’étais plus la femme que j’avais tout juste commencée à aimer moi-même. Il me manquait ma raison d'être, ma liberté.

J’ai toujours eu besoin d’air frais, de prendre un train, la voiture, de claquer des portes, de marcher sans but et sans montre, de réfléchir, méditer, faire le point, être seule, rêver, couper les ponts, faire le tri, devenir heureuse, devenir moi-même. Etre heureuse en étant moi-même.

J’ai toujours détesté me sentir oppressée par une situation ou un individu. Surtout un individu. J’ai toujours détesté les règles imaginaires que l’on se fixe inconsciemment dès que l’on rencontre quelqu’un : s’aimer vite, s’aimer bien, plus que tout, se le dire vite, faire des plans sur la comète, parler d’avenir, l’imaginer, prévoir, organiser, vouloir. Vouloir toujours plus et toujours plus vite.

Avec lui, j’ai pris mon temps, j’ai goûté à son absence pour pouvoir me délecter de sa présence. Le temps d’un diner, le temps d’un Mojito, d'une Marlboro,  le temps d’une nuit, pour la vie.

« Tu pourras dire adieu à ta liberté, tu verras »

J’ai surtout vu le manque de son corps pour mon cœur, j’ai vu ses bras heureux de retrouver les miens, j’ai vu les post-it sur l’oreiller et mes oreilles ont été rassurées de savoir que je savais encore lui manquer. J’ai entendu ses encouragements quand j'ai baissé les bras et son soutien quand je ne croyais plus en moi. J'ai vu sa peine quand je me trouvais trop grosse et, ce sont ses mots qui ont su me rendre belle après la naissance de notre fille.

Merci d'être une épaule et pas un pilier, merci de m'écouter et ne jamais dicter, merci de toujours vouloir comprendre sans juger et de me laisser libre de mes choix et de mes actes. Merci de me faire confiance et de croire en moi, d'encourager la femme que je deviens et de contribuer à mon bonheur sans avoir besoin de l'incarner. Tu es unique et tu es le seul avec lequel mon bonheur a voulu être partagé.

Ma liberté est trop précieuse pour dépendre de toi et tu comptes beaucoup trop pour moi pour te voler la tienne.
 

« Merci de respecter ma liberté ». C'est ce que je lui ai dit en rentrant cette nuit après une soirée Marlboro et Mojitos.

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À propos

Elodie-Jelena

Je m'appelle Elodie-Jelena, j'ai 28 ans et je travaille depuis plusieurs années dans le domaine de la communication et du marketing mais mon véritable rêve est de devenir écrivaine! Amoureuse des images et des mots depuis toujours, je suis aussi aussi la maman de Chiara Mila née en avril 2016. Découvrez les bribes de notre petite vie de famille douce et sauvage grâce à mes chroniques (sans filtre) sur la maternité, l'éducation, la parentalité mais aussi au travers les Interviews des lectrices...
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Cécilia 01/04/2017 00:42

Très joli texte, merci.