Les interviews des lectrices: Ma dépression post-partum.

" Les spécialistes s’entendent pour dire qu’il n’existe pas de cause unique à la dépression postnatale, mais plutôt une combinaison de facteurs qui peuvent tous jouer un rôle dans son déclenchement. La dépression post-partum peut ainsi s’expliquer par des causes physiologiques, mais elle peut aussi être déclenchée par les énormes changements de vie provoqués par l’arrivée du bébé. Elle peut également être causée par le fait qu’on se sente dépassé, voire submergé, par les contraintes et par un manque d’équilibre entre les tâches et les activités agréables ".*

Aujourd'hui, c'est Moana qui nous apporte son témoignage de lectrice et de maman. Maman d'une petite fille née en avril 2015, Moana a vécu une dépression post-partum comme 16% des mamans en France. 

Bonjour Moana, qu'est-ce qui t'a donné envie de prendre la parole aujourd'hui ?

Bonjour Elodie-Jelena, bonjour à toutes. Je m’appelle Moana, je suis en couple depuis 12 ans, mariée depuis 6 ans, j’ai accouché de notre fille en avril 2015 et c’est mon premier enfant. Dans la vie de tous les jours, je suis très spontanée, dynamique et plutôt positive. Je n’ai pas trop confiance en moi mais je me soigne !

J’ai découvert ton blog via Instagram et j’ai tout de suite adoré le ton de tes posts, j’ai aussi pu voir que tu donnais la parole aux femmes/mamans à travers l’écriture de ton livre et des interviews. Et là, je me suis dit pourquoi pas moi ?

J’ai une histoire à raconter… Quelque part, avec ce témoignage, je pourrais refermer la page de ce chapitre de ma vie en ayant la modeste satisfaction d’avoir peut-être un peu aidé des mamans, des femmes.

J’ai fait une dépression post-partum après la naissance de ma fille.

Quand et comment a commencé ta dépression post-partum ? Réalise-t-on d'emblée que c'est grave et qu'une aide est nécessaire ?

Je pense avec le recul que ma dépression a commencé à se manifester vers les derniers mois de ma grossesse mais que je suis complètement passée à côté. J’étais tellement heureuse d’être enceinte (je précise que nous avons eu recours à la PMA pour avoir notre fille). J’étais obnubilée par la grossesse en fait !

J’ai un excellent souvenir de mon accouchement qui a pourtant était très long. Je n’ai pas ressenti LA vague d’amour à ce moment-là, mais un peu plus tard dans la nuit en regardant ma fille dans son berceau. Et pourtant… je sentais que quelque chose clochait. A la maternité je me sentais épanouie, les débuts se passaient plutôt bien. A la sortie, le personnel soignant nous a même dit « vous avez ça dans la peau, ça va aller comme sur des roulettes ». Euh… oui. Je suis quand même rentrée à la maison un peu stressée par ce grand chamboulement mais je me suis dit que c’était normal pour une première fois.

Quand j'ai commencé à être seule à la maison (après le congé paternité de mon mari), je me suis retrouvée face à ce petit être qui ne dépendait que de moi et tout d'un coup je ne savais plus ce que je devais faire. J’ai commencé à me sentir très seule (pourtant entourée par mes proches) et pas à la hauteur. C’est là que j’ai commencé à me dire que quelque chose tournait mal mais je n’ai pas crié à l’aide tout de suite. On se dit que ce sont les hormones, la fatigue, le stress de l’allaitement, que tout est nouveau et que c’est normal, au pire on pense à un petit baby-blues mais une dépression post-partum non ! La dégringolade a continué. J'ai commencé à faire des crises d'angoisse, à pleurer dès que je devais prendre une décision, à ne plus pouvoir sortir de chez moi, à ne plus manger, à faire des insomnies...

Je me suis dit « LA putain c’est grave, je dois demander de l’aide ! » quand devant un magasin avec ma fille dans sa poussette, je me suis mise à pleurer tétanisée par la peur de ne pas savoir choisir un melon… oui ça peut paraître fou et irrationnel mais j’étais complètement bloquée. Pour tout.

Dans certains témoignages, j'ai pu lire que certaines mamans avaient honte d'avouer leur dépression à leur entourage... Es-tu passée par là ?

Bien sûr, surtout au début. Je n’ai pas osé raconter à mes proches que je n’avais pas pleuré quand ma fille été née, j’ai caché mes cernes d’insomnies, j’ai donné beaucoup d’importance au paraître devant mes proches, devant le pédiatre, etc.

Mais en fait, je me suis rendue compte que la société ne nous préparait pas du tout à l’éventualité d’une dépression post-partum. Elle est peu connue du grand public, tous les médias ne parlent que du baby-blues (qui est une réalité douloureuse également). On vit dans une société très moralisatrice alors on n'ose pas parler de ce qui ne va pas.

Je n’ai pas reçu de remarques négatives à mon égard, plutôt du soutien mais les phrases toutes construites du genre « tu verras un enfant c’est QUE du bonheur » me hérissaient le poil.

A quoi ressemblait une journée type pendant ta dépression post-partum ?

Ma journée type était ponctuée par les crises d’angoisses répétées dès le réveil (je pouvais faire jusqu’à 5/6 crises par jour), les larmes, l’impression de devenir folle. Je restais au lit, je ne prenais pas soin de moi et j'avais beaucoup d’idées noires. Mon mari et ma maman très présents s'occupaient de tout, j’effectuais quelques tâches machinalement: changer une couche, faire un biberon, faire une lessive mais je ne partageais plus de regards, de sourires, de chansons avec ma fille, ni avec personne d’ailleurs. Je me coupais du monde petit à petit...

On évoque surtout la mère lorsqu'on évoque le mal-être de l'après accouchement... Comment a réagi ton époux ? A-t-il été chamboulé par l'arrivée de votre fille ? Penses-tu qu'un homme puisse également connaître ce passage à vide ?

Mon mari a été d’une aide précieuse et inestimable pendant cette épreuve et je voudrais tout d’abord lui rendre hommage pour tout ce qu’il a fait pour notre famille. C’est un papa formidable et un mari génial !

La naissance de notre fille l’a chamboulé c’est sûr mais pas de la même façon que moi. Il dit souvent : « Vous les femmes, vous avez 9 mois pour vous y faire mais nous on ne réalise vraiment que le jour de la naissance »… donc évidemment il a été d’abord ébahi par ce petit miracle qui déboulait dans notre vie puis il a pris tout de suite très à cœur son rôle de papa.

Ma dépression l’a confronté de manière un peu violente à la gestion du quotidien et de notre fille, il n’a pas eu le choix et il a géré. Il n’a pas vraiment eu le temps de se poser des questions existentielles…Je pense que le baby blues n’est pas réservé aux femmes et qu’un homme peut aussi en souffrir. Je pense que les raisons sont forcément différentes de celles des femmes (outre le fait que l’on a chacun notre bagage, notre histoire personnelle qui entre en ligne de compte..) : le papa peut se sentir exclu de la relation mère/enfant, il peut avoir peur de ne pas être capable d’apporter la sécurité à sa famille... La société le projette lui aussi dans son rôle de papa fort et stable et il peut craquer sous cette pression.

Penses-tu que certaines femmes soient plus sujettes que d'autres à la dépression post-partum ?

Oui. Je pense que notre histoire personnelle a forcément un impact sur notre façon d’aborder la maternité. Notre construction en tant qu’enfant détermine une part de notre caractère, nous ne partons donc pas toutes avec le même terrain.

Certaines hypothèses font le lien entre dépression et génétique, je ne sais pas quoi en penser pour la dépression post-partum en particulier car la naissance d’un enfant induit un choc émotionnel inévitable.

Je garde surtout à l'esprit qu'un seul facteur ne suffit pas à déclencher une dépression post-partum (ou une autre) et que l’environnement et la personnalité ont leur importance.

Tu m'as écrit dans ton email "je suis guérie depuis le mois de mars 2016". Tu considères donc la dépression post-partum comme une maladie ? Penses-tu qu'aujourd'hui elle soit considérée comme telle ?

Je n’aime pas ce mot « guérir » car il renvoie justement à cette notion de maladie mais il est juste. Oui, la dépression est une maladie. Pour ma part, je crois avoir été malade de ne pas me sentir maman à la seconde où ma fille est née.

Je trouve que les sages-femmes, les médecins, le corps médical dans son ensemble n’en parle pas assez. Tout juste un mot sur le baby blues. Nos proches non plus et les langues se délient bien souvent quand tu es confrontée à une telle épreuve ou même après, ce que je trouve dommage.

Par contre, il existe des associations, des groupes de parole et je pense que ces intervenants devraient faire partie du processus de suivi de la grossesse et de préparation à la naissance, sans pour autant faire peur aux futures mamans!

Comment as-tu fait pour sortir de cette dépression post-partum ?

Après plusieurs mois de lutte à domicile, j'ai pris la décision d’entrer en clinique, la décision la plus dure de ma vie mais aussi celle qui m’a sauvé. J'avais besoin de m'isoler, de me retrouver seule face à moi-même et faire le bilan de la mère que je voulais devenir maintenant que ma fille était là, arrêter de vouloir devenir quelqu'un que je n'étais pas, faire la paix avec mon enfance, et m'accepter telle que je suis.

J’ai vraiment culpabilisé de laisser ma fille alors qu'elle n'avait alors que quelques mois... J’avais peur qu’elle soit traumatisée, qu’elle se sente rejetée, qu’elle ne m’aime pas…

Beaucoup de hauts et des bas mais avec l'appui de ma famille et quelques rares amies à qui j'ai choisi d'en parler, avec l’aide d’un thérapeute et des antidépresseurs, j'ai commencé à aller mieux. Aujourd’hui je suis guérie depuis un an.

Je sais que le temps sans ma fille ne se rattrapera jamais et ça m’attriste. Mais que puis-je y faire ? Maintenant, je me sens pleinement maman, j’accompagne ma fille au quotidien et je fais de mon mieux. Je sais que peut-être un jour (ou peut-être jamais) elle aura des questions, elle ressentira un vide. Je suis prête à lui répondre, je suis sereine sur mon/notre histoire, et je lui expliquerais sans tabous que devenir maman n'a pas été simple pour moi. Et elle comprendra j'en suis sûre!

Quels conseils donnerais-tu aux nombreuses mamans qui vivent cette dépression ? (environ 16%).

De parler, ne pas hésiter à parler… ne surtout pas garder pour vous tout ce mal-être. C’est un message d'espoir que je veux porter aux femmes qui liront ces mots et qui traversent la tempête, leur dire qu'on peut s'en sortir, qu'elles ne sont pas seules et surtout que ce n'est pas une honte de passer par là.

Aussi je voudrais dire aux jeunes femmes qui envisagent ou s'apprêtent à devenir maman que la société nous enferme dans des stéréotypes de perfection, de bonheur absolu, de "wonderwoman" qui doit tout réussir de front sans se plaindre et sans aucun moment de relâchement mais que la vie ce n'est pas ça. Je crois qu'il faut le dire haut et fort sans dramatiser: chacune de nous est singulière et chacune de nous a une histoire, le fait d'avoir un enfant chamboule toute une vie, et nous avons le droit d'avoir des moments de faiblesse. Je vous rassure c’est aussi beaucoup de bonheur.

 

* source: naitreetgrandir.

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À propos

Elodie-Jelena

Je m'appelle Elodie-Jelena, j'ai 28 ans et je travaille depuis plusieurs années dans le domaine de la communication et du marketing mais ma véritable passion est l'écriture. Amoureuse des images et des mots depuis toujours, je suis aussi aussi la maman de Chiara née en avril 2016. Découvrez les bribes de notre petite vie de famille douce et sauvage grâce à mes chroniques (sans filtre) sur la maternité, l'éducation bienveillante et positive. Découvrez aussi mes coups de cœur puériculture, mode enfant et lifestyle.

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Mathilde 20/03/2017 14:03

Merci pour ce témoignage ainsi que pour les autres interviews (et tous les articles passionnants)
Bravo pour ces beaux partages qui nourrissent mes réflexions et gonflent les convictions :)

Angeline 13/03/2017 21:38

j'aime me promener ici. un bel univers.