Les interviews des lectrices: Je m'appelle Tatiana et je suis une mamange.

 

J'ai reçu des dizaines de demandes d'interviews et je ne sais comment vous remercier. Je suis toujours aussi émue et touchée de constater que ce besoin de parler, d'exprimer, de partager est bien là en nous toutes. Je sais pourquoi j'ai envie d'écrire ce livre dédié à la maternité.

Aujourd'hui, Tatiana nous livre son très émouvant témoignage de Mamange d'Angélique.

Tatiana, je te remercie pour ta confiance précieuse et je suis très honorée de pouvoir partager ton récit ici. 

 

Bonjour Tatiana, qu'est-ce qui t'a donné envie de prendre la parole aujourd'hui ?

 

Bonjour Elodie, bonjour chères lectrices. Tout d'abord je voudrais me présenter, je suis une Mamange. Il y a 2 ans j'ai subi une IMG. Lors de l'écho du 2ème trimestre, on a découvert que mon bébé était atteint d'une maladie létale rare (1 cas sur 20 000 naissances), un nanisme thanatophore. Je me suis présentée à l'écho totalement confiante, sans stress aucun. Pour moi, cet examen n'était qu'une simple formalité et, avant tout, l'occasion de connaître le sexe du bébé. Alors autant vous dire que je ne m'attendais pas du tout à cette annonce...

 

Justement, tu as évoqué dans ton témoignage la brutalité de l'annonce...

 

"Je pense qu'il y a un problème" - cette phrase du médecin résonne encore dans ma tête. L'annonce a été trop brutale. J'étais comme paralysée, je n'arrivais pas à pleurer alors que pourtant j'en avais envie. Le médecin était formel, il a tout de suite évoqué la possibilité d'une IMG. Au début, j'ai été en colère contre lui et je trouvais cruel de sa part de ne me laisser aucun espoir. Maintenant, avec le recul, je suis reconnaissante. Au contraire, il aurait été tellement cruel de me faire espérer un "happy end". Alors, en attendant le verdict des médecins, je me suis préparée au pire, je ne me faisais pas d'illusions et heureusement... 

 

 

Comment as-tu vécu "le jour d'après " ?

 

Le lendemain matin, je me suis levée comme d'habitude pour aller bosser et pendant une seconde, j'ai cru que tout ça n'était qu'un mauvais rêve... Malheureusement non... C'est seulement à ce moment-là que j'ai finalement réalisé toute la gravité de la situation. Cette compréhension est tombée sur mes épaules avec une telle force que ça m'a coupé la respiration. Et j'ai pleuré, pleuré, pleuré... Toutes les larmes de mon corps... Impossible de m'arrêter. Il s'est ensuivit une longue et éprouvante période de tests, d'entretiens médicaux, d'attente. Je faisais les montagnes russes, le matin je me levais la tête haute, pleine d'espoir et de projets et le soir, je m'écroulais sous le poids de la souffrance et du désespoir.. 

Certaines mamanges disent qu'elles ont pris la décision d'arrêter leur grossesse par amour pour leur bébé, pour qu'il ne souffre pas. Dans mon cas, je l'ai fait pour moi. Parce que chaque coup de pied que je ressentais me donnait envie de mourir car je savais que ce bébé si confortablement blotti dans notre ventre ne serait plus là dans quelques semaines ; parce que j'étais prête à fusiller chaque personne dans la rue qui jetait son regard, certes bienveillant, sur mon ventre, parce que je m'étranglais de la jalousie envers d'autres femmes enceintes, rayonnantes et si fières d'exposer leurs gros ventres... Chaque jour était une torture et chaque sortie un véritable supplice. Dès lors je ne voulais qu'une chose, que ça s'arrête !

Suite à l'annonce, j'ai été rapidement prise en charge par le centre de diagnostic anténatal dont l'équipe médicale était, sans mentir, formidable. Le personnel était spécialement formé et entraîné pour gérer les patientes comme moi et savait et comprenait que nous étions en train de vivre un épisode dramatique de notre vie. Tous ont fait preuve d'empathie, de patience, d'attention et de douceur à mon égard. Ils m'ont accompagné de À à Z lors de ce malheureux événement. Ils ont même installé un lit supplémentaire dans la chambre pour mon mari durant mon séjour à l'hôpital pour qu'il puisse rester auprès de moi jusqu'à la naissance de ma fille Angélique le 22 septembre 2015.

Comment le couple et l'entourage se reconstruisent-ils après un tel événement ? 

 

J'étais tellement heureuse d'être enceinte que je l'ai annoncé à tout le monde très rapidement. La terre entière était au courant de ma grossesse, les réseaux sociaux en étaient en partie responsables. Donc, c'était normal que les gens revenaient aux nouvelles "Alors, c'est pour quand ?", "Tu as déjà accouché ?", "Fille ou garçon ?"... Mon Dieu que c'était insupportable de répéter encore et encore "Oui, j'ai accouché, c'est une fille et elle est décédée". Pris par surprise, les gens se sentaient gênés et ne savaient pas quoi répondre. Du coup, je me sentais gênée également, pour eux et pour moi. La famille et les amis proches ne s'intéressaient qu'à moi, à ma santé et mon ressenti. Je ne le leur reproche pas, je comprends que mon enfant est resté "virtuel" pour eux, ils ne l'ont pas porté sous le cœur, ils ne l'ont pas senti bouger, ils ne l'ont pas vu.

Mon mari a fait preuve d'une grande patience et de courage. Énormément affecté lui-même, il était toujours là pour moi, il supportait mes crises, mes colères, mes états d'âme. Il faisait tout ce qu'il pouvait pour m'apaiser et me calmer.

Concernant les vêtements et la chambre, fort heureusement nous n'avions rien préparé. Je comptais tout faire et tout acheter au dernier moment. Et j'ai bien fait.

L'envie d'avoir un autre bébé est arrivée très vite mais je savais que je devais d'abord laisser partir Angélique définitivement. Alors j'ai pris mon temps, j'ai voyagé, j'ai médité, j'ai prié. J'ai beaucoup parlé à ma fille, lui demandant de me pardonner pour tout. Même en sachant qu'elle n'aurait pas pu survivre à la naissance, j'ai beaucoup culpabilisé d'arrêter si brusquement sa petite vie. Et encore aujourd'hui, je suis rongée par ce sentiment et je porterai ce fardeau toute ma vie. Telle tempête d'émotions nécessite du temps pour se poser et se calmer.... Il m'a fallu quelques mois pour reprendre mes esprits. Je suis retombée enceinte 4 mois après la naissance d'Angélique.

Comment as-tu vécu ta seconde grossesse ? Faire un deuxième enfant participe-t-il positivement au processus de deuil ?

 

J'ai été extrêmement discrète sur ma deuxième grossesse : pas un mot sur les réseaux sociaux et les gens de notre entourage qu'on ne voyait pas souvent, ne l'ont su qu'après la 2ème écho, vous comprenez pourquoi...

 

Le suivi médical était plus poussé cette fois-ci, j'ai eu 2 échos supplémentaires en plus des 3 obligatoires. Certes, les jours des échos je me sentais nerveuse, mais je me disais que la foudre ne frapperait pas deux fois au même endroit. Et même si ma grossesse était loin d'être idyllique (beaucoup de contractions, risque d'accouchement prématuré, incompatibilité de rhésus...), mes craintes et inquiétudes n'étaient pas liées à mes antécédents. Grâce, je le pense, au travail du deuil bien accompli. Aujourd'hui je suis une maman épanouie d'un petit garçon de 5 mois. Chaque fois que je le regarde, j'ai envie de pleurer de bonheur et mon cœur se remplit d'une immense gratitude envers la vie, Dieu, la nature. Cependant, je pense souvent à Angélique. La douleur est toujours présente, bien sûr, mais elle n'est plus aussi vive qu'avant. La maternité l'a modifiée, lui a donné une nouvelle dimension, a changé sa perception. C'est très dur à traduire avec des mots, c'est comme si l'amour pour mon fils a décuplé celui pour Angélique et renforcé le sentiment de sa perte.

 

As-tu un suivi psychologique depuis ton IMG ? T'es-tu investie au sein d'une association, participes-tu à des groupes de paroles, ressens-tu le besoin d'écrire ?

 

Quelque temps après ma sortie de l'hôpital, nous avons eu, mon mari et moi, un rendez-vous obligatoire avec un psy, qui m'a proposé de suivre une thérapie si j'en ressentais le besoin. J'ai décliné sa proposition, préférant me réfugier dans la spiritualité et la méditation. Étant croyante, je suis partie en pèlerinage au sud de l'Italie où se trouve un site religieux important. J'y suis restée quelques jours toute seule, en tête-à-tête avec moi-même. Je n'ai pas eu d'autres choix que d'affronter mes peurs, mes doutes et mes incertitudes une fois pour toutes. J'ai énormément pleuré durant ce séjour. Je suis revenue en France vidée, mais libérée et apaisée. Ce voyage était symbolique pour moi, il clôturait un long périple de deuil et signait mon retour à la vie active.

En outre, la lecture des histoires des autres mamanges m'a également fait beaucoup de bien, et notamment le forum de l'Association Petite Emilie, dédiée aux personnes en deuil prénatal.

Je ne ressentais ni envie, ni besoin d'écrire et de partager mes galères. Cette envie n'est arrivée que maintenant, soit 2 ans après.

Comment peut-on aider quelqu’un qui vit un tel drame ? Y a-t-il des choses que l’on peut faire ou au contraire, à ne surtout pas faire ou dire pour ne pas blesser les parents endeuillés ?

 

Le plus souvent, les gens ne savent pas comment réagir et quoi dire en apprenant la nouvelle. Les pires phrases que j'ai entendues : "Ce n'est pas grave !" (euhh, si c'est grave, ma fille est morte!), "Tu en auras d'autres !" (MERDE! J'ai perdu mon enfant, pas un hamster!), "Heureusement qu'ils ont vu la maladie avant!" (Et alors? Qu'est-ce que ça change?). On associe l'IMG à une fausse couche, sauf que ce n'en est pas une (même si, incontestablement, c'est aussi horrible à vivre). Personne n'a vu cet enfant, donc c'est comme s'il n'avait jamais existé pour eux.

 

Après, je ne vous parle pas des boulettes de mes collègues qui me demandaient à mon retour au travail : "Alors, comment il va, ce bébé ?"... Je travaille dans une grande entreprise et apparemment la nouvelle n'avait pas fait le tour complet de la société...

En conclusion, je dirais qu'on ne peut pas aider les parents endeuillés, le temps est le meilleur remède. Bien sûr, l'attention, le soutien, le mot doux, le sentiment d'être entouré sont inestimables et fondamentaux dans le processus de guérison. Soyez juste là, présent(e), sans long discours sur l'injustice et la cruauté de la vie, sans conseil et avis sur ce que vous pensez que la personne doit faire pour aller mieux, soyez juste là, c'est tout!

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À propos

Elodie-Jelena

Je m'appelle Elodie-Jelena, j'ai 28 ans et je travaille depuis plusieurs années dans le domaine de la communication et du marketing mais ma véritable passion est l'écriture. Amoureuse des images et des mots depuis toujours, je suis aussi aussi la maman de Chiara née en avril 2016. Découvrez les bribes de notre petite vie de famille douce et sauvage grâce à mes chroniques (sans filtre) sur la maternité, l'éducation bienveillante et positive. Découvrez aussi mes coups de cœur puériculture, mode enfant et lifestyle.

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clo 02/09/2017 06:07

Pour une fois, il nous est présenté l'expérience d'une Mamange contrainte d'avoir fait le douloureux chois de l'IMG. C'est un témoignage criant de vérité car j'y ai lu les sentiments que j'ai ressenti, la culpabilité qui m'habite et la tristesse que je ressent tous les jours depuis l'accouchement de ma fille Angèle.
Merci. Quel courage Tatiana car je n'arrive toujours pas à dire que j'ai subi une IMG par crainte d'être jugée négativement.
MERCI

Tourmen 21/07/2017 01:06

Bonjour Élodie,
Je viens de lire le témoignage que Tatiana t'as livré suite à son IMG et la perte de sa petite angélique.
J'ai moi même eu une img , pour la même raison: nanisme tanataphore en septembre 2015 également.
J'aurai souhaité pouvoir entrer en contact avec Tatiana. Alors si tu peux lui transmettre mon adresse mail . Je t'en serais reconnaissante.
Et le plus beau pour la fin , nous avons toutes les deux eu un second bébé en pleine forme en octobre dernier :)
Bonne continuation.