Merci.

Il y a un an, jour pour jour, je reprenais l’écriture après sept longues années passées en compagnie du syndrome de la page blanche. J’étais alors enceinte de 8 mois, en congés maternité et je m’ennuyais terriblement entre mes 4 murs, moi, l’hyperactive, la travailleuse acharnée. J’ai commencé par écrire les souvenirs de cette première grossesse dans des petits carnets Moleskine offerts par l’Amoureux et je créais également des albums photos pour que je me souvienne à jamais de ces 14kg pris et de ce ventre que j’aimais tant.

La grossesse a le don de métamorphoser certaines personnes de notre entourage et elle peut aussi nous éloigner les uns des autres. Certains amis de toujours deviennent alors rapidement des connaissances, les connaissances deviennent des amis pour toujours quand certains, ressurgissent du passé en imaginant que leur présence a encore une espèce d’importance. La grossesse a un sacré pouvoir, oui.

J’ai écrit surtout pour passer le temps et le faire passer plus vite. Chaque seconde passée à faire autre chose était une seconde de moins sur le décompte de ta naissance. Il y a eu mon anniversaire et ce souhait de te rencontrer le plus vite possible, de nouveaux carnets Moleskine offerts et la reconnaissance ultime envers je ne sais qui, je ne sais quoi, d’avoir en moi le plus beau des cadeaux.

J’ai écrit pour me sentir moins seule et comprise, j’ai écrit pour calmer mes appréhensions et mes angoisses, j’ai écrit pour atténuer mes peurs et relativiser et j’ai écrit pour réaliser à quel point je t’aimais déjà. Quand c’est sur papier, tout semble plus réel, plus fort, plus fou. Mon stylo me ramenait à la raison quand le cœur se laissait trop vite emporté par la folie. Ecrire m’a permis de rester lucide quand tout était fait pour me rendre dingue.

J’ai vécu ma première grossesse de façon très personnelle. Je l’ai toujours considérée comme quelque chose de profondément intime, secret. Peut-être est-ce dû au fait que nous avons gardé le silence durant les trois premiers mois ? Ce choix de ne rien dire nous a semblé évident même si la suite l’a moins été : les mensonges sur mon arrêt brutal du tabac, les subterfuges pour camoufler mon ventre déjà bien présent et les manigances pour ne pas assister aux repas de famille où la charcuterie est la reine de la soirée…  Bref, notre secret a été notre force et notre faiblesse et j’ai eu besoin d’écrire très rapidement pour me soulager de ne vouloir/pouvoir rien dire. Une feuille n’a pas d’âme, pas d’états d’âme et n’attend rien de moi. Si ça s’était mal passé, je n’aurai pas eu à supporter sa tristesse et sa pitié.

Je suis une cérébrale. C’est un spécialiste qui me l’a dit il y a quelques années déjà. Mon cerveau est en ébullition sans cesse et parfois, ça me rend franchement malade ou très sensible. Toutefois, ma grossesse a atténué mes migraines, mon psoriasis et mes insomnies. Ecrire m’a permis de canaliser cette hyper-émotivité handicapante.

Je n’ai pas toujours bien réagi. J’ai souvent crié, claqué des portes, cassé des verres et pleuré de rage. Je n’ai pas toujours eu de stylo entre les mains. Il aurait été ma meilleure arme.

Lorsque j’ai commencé à écrire de façon publique, j’avais oublié que mon compte Instagram était relié à mon compte Facebook. Par conséquent, certains « amis » Facebook se sont mis à me suivre automatiquement à mon plus grand regret. Puis, tout a pris de l’ampleur et il était trop tard pour revenir en arrière. Vous avez été nombreuses à me demander si j’étais toujours sincère dans mes écrits. Je ne sais jamais quoi répondre à cela. A vrai dire, je suis toujours sincère mais mon écriture est orientée de façon à ne jamais viser un individu de mon entourage. Bien sûr, j’ai écrit des textes assez généraux dans lesquels il était très facile de se reconnaître mais je ne l'ai jamais fait pour pointer du doigt mais plutôt pour faire passer un message subliminal.

Bien sûr que j’ai envie de parler de mon travail et vous dire que je pense mériter mieux qu’un poste qui ne correspond ni à mes compétences ni à mes attentes. J’ai souvent envie d’écrire ma rage contre ce pays que je ne reconnais plus et que je déteste de plus en plus. J’ai aussi envie de vous dire à quel point il est difficile d’habiter en face de chez ses beaux-parents et vous confirmer qu'une belle-mère change après la naissance de son petit enfant. J’ai envie de vous parler de ma mère et de notre relation qui est devenue fusionnelle depuis la naissance de Chiara et j’ai envie de vous parler de mes problèmes de santé passés et vous supplier d’arrêter de vous plaindre constamment quand en même temps, j’ai envie de vous serrer très fort contre moi. J'en oublie d'être relative et je m'en excuse.

Mon projet d’écriture de mon livre dédié à la maternité « sans filtre » et totalement « décomplexé » est né quelques semaines après la naissance de Chiara. Mon amie, qui a deux enfants avait honte d’aborder certains sujets et culpabilisait de se sentir mal quand que tout le monde lui répétait qu’elle venait de donner la vie et que c’était « la plus belle chose qui puisse arriver ». Moi, j’ai toujours été directe et caractérielle. J’ai été éduquée de façon à toujours dire ce que je ressens et ce que je pense. Parfois, cette capacité d’expression a été mal interprétée et souvent, j’ai eu cette réputation de rebelle complètement révoltée.

Aujourd’hui, je suis ravie de constater que ma démarche semble comprise et acceptée. La liberté d’expression est pour moi le symbole même de la démocratie et de la liberté individuelle. 

J’ignore combien de temps tout cela durera et si mon envie ne finira pas par s’essouffler aussi rapidement qu’elle est apparue. En 365 jours d'écriture intensive, j’ai appris à passer au-dessus de la peur du jugement, de la critique et de la méchanceté grâce à ce besoin de m’exprimer coûte que coûte. Je ne sais pas si j’aurai eu le courage de dire tout ce que j’ai écrit aux personnes concernées, tout est si délicat…

Il y a un an, jour pour jour, je reprenais l’écriture après sept longues années passées en compagnie du syndrome de la page blanche. Chiara a 10 mois et les carnets s’entassent.

Mes états d’âmes dorment avec mes émotions, quand mes sentiments se réveillent avec ces pages encore vierges de nos souvenirs à venir. Le téléphone sonne moins mais ma boite mails est pleine d’encouragements, de sympathie et de bienveillance. 

Merci.

Tendrement,

Elodie-Jelena.

 

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À propos

Elodie-Jelena

Je m'appelle Elodie-Jelena, j'ai 28 ans et je travaille depuis plusieurs années dans le domaine de la communication et du marketing mais mon véritable rêve est de devenir écrivaine! Amoureuse des images et des mots depuis toujours, je suis aussi aussi la maman de Chiara Mila née en avril 2016. Découvrez les bribes de notre petite vie de famille douce et sauvage grâce à mes chroniques (sans filtre) sur la maternité, l'éducation, la parentalité mais aussi au travers les Interviews des lectrices...
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Charlotte lalottes 02/03/2017 21:13

Merci à toi , d'être toi .