... Et il dit : "Vos enfants ne sont pas vos enfants".

Ce que j’écris ici ou ailleurs ne concerne que moi. Je ne suis pas psychologue, ni sociologue et je ne prétends pas détenir la vérité et ne cherche aucunement à transmettre la bonne parole. Aucune de nous ne peut d’ailleurs prétendre à cela. Nous sommes toutes des mères imparfaites mais profondément aimantes et bienveillantes. Je l’espère. Je demande des conseils, je prends le bon comme le mauvais tout en restant toujours courtoise et diplomate, j’échange (je pense) avec bienveillance et je prône le respect de la liberté d’expression et j'apprécie particulièrement nos différences. Qu’elles soient culturelles, sociales, religieuses, de penser, d’éduquer, d’aimer et surtout d’agir. Je crois d'ailleurs, que c'est ce que je préfère dans mon activité 2.0.

J’évite des sujets sensibles tels que l’allaitement, la politique, la religion etc.. car j’ai trop peu de temps et d'énergie pour me justifier, me défendre ou débattre. Je suis là simplement pour exposer un bout de ma vie, partager avec vous ma passion des images et des mots et aussi pour voir plus loin que le bout de mon nez. Vos différences sont une richesse et certains conseils et avis ont su m’aider pour le choix des premières chaussures de ma fille, pour ses reflux, ses petites crises et ont accentué mon envie d’écrire.

Aujourd’hui, j’ai envie, j'ose et je me sens prête à vous parler d’un sujet (sensible peut-être) mais nécessaire pour moi: l’individualité du corps de notre enfant.

Enceinte, peu de gens ont touché mon ventre sans me le demander au préalable. Culturellement, "chez nous" en Serbie, comme dans d'autres cultures ou principes tout simplement, « ça ne se fait pas » spécialement. Comme on ne fait pas la bise aux gens que nous ne connaissons pas ou aux maris d’amies que nous ne rencontrons pour la première fois par exemple. Toucher le ventre d’une femme enceinte est très mal vu, surtout que nous sommes assez portés sur « le mauvais œil » et autres croyances irrationnelles. Toutefois, comme partout ailleurs, le corps est la propriété d’une âme, d’un cœur et d’un cerveau qui pensent. Toucher un corps est donc toucher à cette trinité pensante. 

Au zoo, nous n’avons pas le droit de toucher les animaux ni de les nourrir. Pourquoi ? Parce qu’ils sont rares, fragiles, sensibles, dangereux pour certains et tout simplement car c’est interdit. Chiara l’est tout autant et son corps n’appartient qu’à elle. Elle n’est pas ma propriété même si je lui ai donnée la vie et que je décide pour elle actuellement et elle est encore moins la propriété de mains et de bouches inconnues.

On ne touche pas à mon enfant sans demander au préalable. Il est évident que je dirai non sans hésiter. Non pas parce que je l'aurai décidé non, mais parce que c'est à Chiara de décider. Et en ce moment, c'est son "NON" qu'elle revendique face à des inconnus.

Bien sûr qu’il s’agit de bienveillance, de gentillesse. Toutefois, la politesse doit être de rigueur en toute circonstance. Comment peut-on envisager de toucher l’enfant d’un inconnu sans demander la permission au parent accompagnateur ? Comment peut-on prendre cette initiative sans juger bon de savoir si le parent et le bébé sont d’accord avec l’idée qu’un inconnu pose sa main sur lui ? Je veux dire, quel est l’intérêt ? Ne pouvons-nous pas plutôt engager une discussion courtoise basée sur des banalités au lieu de franchir ce cap de l'intrusion en posant sa main sur un enfant ?

En ayant discuté avec d’autres mamans et papas, je suis arrivée à la conclusion que ce n’est pas forcément le geste qui nous dérangeait (on se doute bien que tout cela part d’une bonne intention) mais c’est plutôt l’intrusion dans l’intimité de notre enfant qui est, tout comme nous, un individu à part entière et qui doit disposer de son corps librement. Bien évidemment qu’un bébé ne sait pas s’exprimer comme un adulte et s'imposer de la même façon. Toutefois, il s’exprime à sa façon et sait, selon moi, exprimer un refus. Chiara aura 11 mois vendredi et nous sentons qu’elle commence à reconnaître les proches des inconnus, les très proches des moins proches et commence à exprimer son refus d’aller dans tels ou tels bras et de donner des bisous. Nous sommes, tous les deux, son papa et moi aussi concernés parfois par ses refus. Et nous avons décidé de l'accepter.

Ainsi, lorsqu’un inconnu la touche, elle se met à tourner la tête, plonger sa tête dans mon cou ou elle se met à crier. Elle n’a pas envie. Pourquoi la forcer ? Elle a su dire qu’elle ne voulait pas et nous devons l’écouter.

Une vieille dame dans l’ascenseur s’est penchée (sans m’avoir dit bonjour) pour la voir. Elle a demandé à ce que Chiara lui « fasse un petit sourire ». Bien sûr, mon enfant, ne la connaissant absolument pas, n’a pas obéit à son envie. « Oh tu veux pas ! C’est pas sympa ça ! ». Pas sympa. Ma fille de 10 mois n’est donc « pas sympa » parce qu’elle a refusé de sourire à une inconnue ? Elle n’est pas « sympa » parce qu’elle a fait le choix de se sentir mal à l’aise et peut être effrayée par une inconnue à 8h du matin alors qu’elle était confortablement installée et encore somnolente dans sa poussette.

Il s’agit peut-être de maladresse mais un enfant n’est pas là pour subir nos envies, nos besoins, nos pulsions, nos élans et nos désirs et encore moins ceux d'inconnus en manque de quelque chose.

Bien sûr que certains diront que j’exagère, qu’il ne faut pas dramatiser. Quand il s’agit de liberté, je dramatise. Je me bats et je manifeste depuis toujours pour l’égalité des sexes et les droits de la femme. Je hais profondément l’injustice et sur mon balcon, le drapeau français est toujours présent. Et même si la France n’est pas mon pays de cœur, et qu'elle ne porte pas mes souvenirs d'enfance, elle est le pays qui a accueilli mes parents, mes grands-parents et qui m’a permis d’étudier et d’avoir un avenir meilleur.

Je me bats aussi pour la liberté du corps. Et mon enfant, cet être à part entière et unique est libre de choisir, de pouvoir dire non, là où d’autres, n’ont pas cette chance ni ce droit pourtant fondamental.

Je suis maman pour la première fois et ni mon corps ni mon esprit ne se sont encore remis de la grossesse, de l’accouchement et de ce tourbillon qu’est la maternité. Je ne sais pas comment sera ma fille à 2 ans, à 18 et à 30. Peut-être que je ne serai même pas là pour le voir. Néanmoins, tant que je suis là, près d’elle, nous serons, avec son papa, des guides et des accompagnateurs. Je tenterai de lui apprendre les bases; la politesse, la loyauté, la justice mais je lui apprendrai aussi à s’exprimer quoi qu’il arrive et à être fière de pouvoir décider par elle-même, de ne jamais se laisser marcher sur les pieds et de ne jamais avoir honte de penser différemment. Je voudrais lui apprendre à réfléchir de la façon la plus juste possible, à de ne pas être dans l’excès ni la colère et de ne jamais prendre de décisions sur le coup de quelque chose.  

Et, si elle pleure ou me regarde paniquée lorsqu’un inconnu lui touche le visage ou les mains c’est qu’elle a décidé qu’elle n’était pas d’accord et qu’elle attend de moi que je le verbalise pour elle.

Enceinte, j’ai assisté à une scène dans le hall de mon immeuble. J’ai croisé des voisins qui ont un garçon de 3 ans. Une vieille dame a exigé qu’il lui dise bonjour en lui serrant la main. Le petit garçon a refusé, montrant clairement son refus de serrer la main d’une inconnue. Lorsqu’ils sont partis, la vieille dame, en me tenant la porte, m’a dit « qu’est-ce qu’ils sont mal élevés les enfants de nos jours ». Je n’ai rien répondu car ce qu’elle n’avait pas vu, c’est que ce petit garçon, lui avait fait coucou en partant.

J’ai raconté cette histoire à mon mari et après des semaines de débat, nous avons décidé que Chiara, elle, aurait cette liberté et que nous, nous aurons toujours une réponse à fournir à ce genre d'individus.

Si elle refuse de recevoir mes bisous, ma main ou ma tendresse à un instant T ne signifie pas qu’elle ne m’aime pas, plus. A mon avis, c'est à ce niveau que nous devrions arrêter de dramatiser et exagérer.

Je pense que nous devrions être plus à l’écoute de nos enfants, leur laisser le choix, ils ne sont pas si fragiles, pas en porcelaine certes mais ils se construisent chaque jour, ils développent un caractère, une personnalité, une individualité et nous n’avons pas à entraver leur construction psychique en les forçant à obéir à nos envies.

Seule, je ne sais pas si je suis capable d’y arriver. Alors, je lis des ouvrages dédiés aux émotions de l’enfant, je participe à des débats, je lis des témoignages, je rencontre des mamans différentes, je cherche des choses à prendre dans mon enfance, dans ma culture, dans celles de mon mari et j’essaie. Je vois, je tente, j’expérimente, j’analyse et note dans un carnet les comportements et les réactions de Chiara car, même à 10 mois : elle sait très bien exprimer son refus ou son acceptation.

J’essaie de ne pas crier, de ne pas taper, de ne pas lui faire peur en restant toujours un guide, une épaule sur laquelle elle peut s'appuyer quand elle veut se relever ou quand elle souhaite s'y endormir.

« Toujours à côté mais jamais sur elle ». Lorsqu’elle tombe en voulant faire ses premiers pas, je ne panique pas, je n’accours pas, je ne dramatise pas sa chute. Je ris et elle rit aussi. Bien sûr que j’ai déjà couru pour la prendre dans mes bras, je me suis excusée de ne pas l'avoir retenue, de ne pas avoir fait assez attention à elle. J'ai même pleuré et par peur, j'ai crié sur elle. Elle n’a plus voulu marcher pendant 3 jours. Pas avec moi.

Petite, j’ai reçu des fessées. Et bien, je peux le dire haut et fort : je ferai toujours en sorte de ne jamais lever la main sur mon enfant. J'ai souvent eu peur de mon père, peur de le décevoir, peur d’avoir une mauvaise note, de mal faire quelque chose, de ne pas être à la hauteur... Pourtant, j'ai aussi été pourrie gâtée et baignée dans l'amour et la tendresse.

Mais voilà, selon moi, il n’y a rien de plus humiliant pour un enfant (une fille) de prendre une fessée et qui plus est, par la figure paternelle. Bien sûr, « je n’en suis pas morte » mais ce geste, anodin pour certains, marque bien l’enfant à jamais. Du moins, moi, j’ai été marquée et cette peur a fait que mes décisions ont été prises et ma construction psychique s’est faite dans la peur de décevoir quelqu'un d'autre que moi et d'avoir été idiote et incapable de prendre une décision, ma décision. Je n’ai rien tiré de ces fessées et je regrette plutôt de ne pas avoir eu des discussions avec mon père pour que je comprenne mon erreur pour ne plus la reproduire.

Parler, expliquer, prendre le temps, écouter sans jamais dénigrer ni rabaisser ou sous-estimer - voici mes priorités avec mon enfant. Ca ne va pas être facile tous les jours je le sais, je suis lucide. J'aurai sans doute envie de baisser les bras ou de céder à l'énervement, la colère et l'impatience, mais, je pense que c'est un combat qui vaut la peine d'être mené. Ensemble.

Parlez-nous des Enfants.

Et il dit : Vos enfants ne sont pas vos enfants.

Ils sont les fils et les filles de l'appel de la Vie à elle-même,

Ils viennent à travers vous mais non de vous.

Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.

 

Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées,

Car ils ont leurs propres pensées.

Vous pouvez accueillir leurs corps mais pas leurs âmes,

Car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter,

pas même dans vos rêves.

Vous pouvez vous efforcer d'être comme eux,

mais ne tentez pas de les faire comme vous.

Car la vie ne va pas en arrière, ni ne s'attarde avec hier.

 

Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches vivantes, sont projetés.

L'Archer voit le but sur le chemin de l'infini, et Il vous tend de Sa puissance

pour que Ses flèches puissent voler vite et loin.

Que votre tension par la main de l'Archer soit pour la joie;

Car de même qu'Il aime la flèche qui vole, Il aime l'arc qui est stable.

Khalil Gibran

(extrait du recueil Le Prophète)

 

 

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À propos

Elodie-Jelena

Je m'appelle Elodie-Jelena, j'ai 28 ans et je travaille depuis plusieurs années dans le domaine de la communication et du marketing mais ma véritable passion est l'écriture. Amoureuse des images et des mots depuis toujours, je suis aussi aussi la maman de Chiara née en avril 2016. Découvrez les bribes de notre petite vie de famille douce et sauvage grâce à mes chroniques (sans filtre) sur la maternité, l'éducation bienveillante et positive. Découvrez aussi mes coups de cœur puériculture, mode enfant et lifestyle.

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lladymum 21/03/2017 11:17

Oh comme je suis en phase avec cet article!! SR est une petite fille très souriante et un poil trop sociable mais il est vrai que si elle décide que c'est non alors je ne la brusque pas et au contraire je respecte son envie (bon la mienne a presque 19 mois) mais je trouve que comme tu dis notre enfant ne nous appartient pas alors encore moins aux inconnus NON MAIS... :):)