Les interviews des lectrices: Mon combat pour être mère.

En France, chaque année, près de 50 000 enfants naissent grâce aux techniques de procréation médicalement assistée (PMA). Souvent assimilées à un parcours du combattant, les pratiques cliniques de procréation restent encore méconnues malgré les progrès considérables de la médecine pour aider les couples à concevoir un enfant.

Aujourd'hui, je donne la parole à mon amie Lili qui a recourt à la fécondation in vitro (FIV).

  • Bonjour Lili, peux-tu te présenter et nous dire ce qui t'a poussé à prendre la parole à travers cette interview ?

Je m’appelle Lili, j’ai 30 ans, je suis artiste et je vis à paris depuis mes 18 ans. Je suis mariée depuis le mois de juillet dernier avec mon amour de jeunesse. En effet, nous nous connaissons depuis plus de 10 ans et avons été ensemble lorsque nous avions 18 ans mais comme je suis partie vivre à Paris, nos chemins se sont séparés. Nous voilà à présent mariés et parisiens !

J’ai voulu prendre la parole pour raconter mon histoire et sensibiliser les gens à l’infertilité qui peut toucher tout le monde (nous avons toujours l’impression que ça n’arrive qu’aux autres). C’est devenu une vraie cause pour moi et mon combat a changé ma vie à jamais. Prendre la parole aujourd’hui est quelque chose de précieux pour moi, surtout lorsqu’elle nous est (enfin) donnée. J’ai envie de donner de la force, du courage et de l’amour à celles et ceux qui en ont besoin.

  • Tu es actuellement en plein protocole de FIV, peux-tu nous expliquer plus en détails ton parcours ?

Nous essayons de concevoir un enfant depuis le mois de novembre 2014. Pendant un an, nous avons fait comme tout le monde, portés par la vie et l'espoir d'avoir entre les mains un test de grossesse positif. Je savais qu'il "fallait" en moyenne un an pour concevoir un bébé. Alors, quand cette première année est passée, j’ai senti tout de suite que quelque chose n’allait pas… J'ai immédiatement consulté mon gynécologue qui m’a prescrit différents examens médicaux dont une radio des trompes.

Mars 2016 – Le verdict tombe : trompes bouchées.

Suite à cette radio, nous avons consulté un spécialiste de l’infertilité qui nous a fait faire des examens plus approfondis à mon mari et à moi et nous avons découvert que mon mari n’avait que 8% de spermatozoïdes fécondables.

Le ciel nous est tombé sur la tête. Rapidement, la FIV est apparue comme notre unique solution pour avoir un enfant.

Notre combat administratif a alors commencé mais notre mariage était prévu pour l’été 2016. Par conséquent, nous avons décidé de profiter de ces beaux et uniques instants avant de commencer tout protocole. En août, j’ai eu un kyste à l’ovaire qui a retardé tout processus. J’ai suivi un traitement pour le faire disparaître au maximum (condition sine qua non). Mon kyste a disparu au bout de deux mois et sa disparition a été notre feu vert pour ma première FIV.

Ce premier essai fut un échec car j’ai très mal réagi aux injections puisque j’ai fait une hyperstimulation au bout de 3 jours. J’ai eu beaucoup de mal à digérer cet échec et très vite j’ai voulu baisser les bras. C’était l’enfer. De plus, j’ai été mal-en-point à cause de l’hyperstimulation : nausées, fatigue extrême, j’étais essoufflée au moindre effort… Nous avons tout arrêté au bout de 15 jours car mon corps rejetait ce protocole. J’ai revu mon spécialiste et ce rendez-vous a révélé 3 nouveaux kystes de 3 cm chacun. Rebelote : traitement, attente, souffrance, déprime, enfer… L’enfer a duré deux mois. Ce qui m’a fait tenir était de savoir qu’un nouveau protocole était disponible pour moi.

J'ai subi 13 jours d’injections et une première ponction qui s’est bien passée puisque nous avons obtenu 4 ovocytes dont trois avaient été fécondés ! Le transfert a eu lieu 5 jours plus tard, nous étions tellement heureux ! Nous n’avions plus qu’à attendre de faire le premier test de grossesse...

Samedi 4 février – Négatif.

Il a fallu l’accepter, l’annoncer, subir, trouver la force de se relever pour recommencer… J’ai décidé de partir à la montagne avec mon mari et mes meilleurs amis. Durant ces quelques jours de vacances, j’ai rencontré la filleule de mon mari, j’ai pris l’air, je me suis reposée, j’ai marché, j’ai fumé, j’ai bu... Bref, j’ai vécu loin des procédures, des protocoles et des problèmes.

Mon prochain rendez-vous est le 3 mars. Je vais savoir si mon corps va bien déjà et vérifier que je n'ai pas de nouveaux kystes. Voilà où j’en suis pour l’instant. Je dois tout recommencer.

Malgré tout, je suis fière de mener ce combat. Je suis devenue plus patiente plus compréhensive et, aussi paradoxale que ça puisse paraître, j’ai l’impression d’être devenue une femme le jour où j’ai appris mon infertilité.

  • Quelles ont été les répercussions de cette annonce sur ton couple, ta féminité et ta sexualité ?

Au début, c’était horrible moi. Je rêvais d’un enfant depuis mes 18 ans ! Je me suis sentie seule au monde j’avais un besoin énorme de comprendre et j’ai fait une dépression... Plus tard, j’ai su que mes trompes étaient bouchées à cause de la Chlamydia. Je n’ai jamais su que j’avais eu cette maladie... Tout le monde était désolé pour nous, on ressentait beaucoup de peine, de tristesse mais personne ne se doutait du combat qui nous attendait.

Mon mari lui, était positif. En effet, pour lui il y avait une solution donc il n’a pas accepté cette nouvelle immédiatement. Pour ma part, ce fut beaucoup plus compliqué. J’ai culpabilisé de ne pas être capable de lui faire un enfant naturellement, j’ai détesté mon corps qui était devenu nouveau puisqu’il ne pouvait pas donner la vie naturellement et j’ai été anéantie.

Sexuellement, nos relations ont changé. Tu ne fais plus l’amour pour faire un enfant mais tu fais l’amour (juste) pour le plaisir. Ça m’a pris beaucoup de temps pour accepter que mon bébé ne soit pas conçu dans l’intimité et avec amour (physique).

  • As-tu mal vécu certaines réactions de ton entourage ?

J’en ai eu des réflexions mais elles sont maladroites et je n’en veux à personne. Il est impossible pour les proches de se rendre compte de ce qui se passe pour nous et en nous. Je n’ai pas de cancer, je ne vais pas mourir, j’essaie juste de faire un enfant avec l’homme de ma vie. Les gens ont tendance à se projeter en nous, à vouloir vivre ou comprendre absolument nos souffrances pour trouver les bons mots pour nous rassurer alors que parfois, il n’y a rien à dire, juste à être présent pour nous, pour nous soutenir.

  • Tu évoques un parcours du combattant. La médecine a donc de sacrés efforts à faire ?

Je pense que la médecine a fait des progrès énormes, c’est même fascinant de se dire qu’il y a une solution à l’infertilité. Ce qui est insupportable pour nous c’est surtout l’attente. Tu attends tout le temps, chaque jour, chaque minute, chaque seconde et tu pries pour arriver au jour suivant sans complication. C’est un mois d’attente à chaque fois mais c’est le mois le plus long de ma vie. Surtout que du jour au lendemain le protocole peut être interrompu. Chaque jour est une victoire et un pas de plus vers notre rêve.

  • La majorité des sites consacrés à l'infertilité sont tenus par des femmes. Qu'en est-il de la place de l'homme ?

Pour les hommes, je pense que c’est assez délicat car ils sont dans une position où c’est abstrait pour eux. Nous, nous avons les hormones qui nous rendent plus sensibles et fragiles. Dans le protocole de PMA, tu es shootée puissance mille aux hormones alors les sautes d'humeur font souvent des étincelles. Tu n’es pas toi-même et c’est dur pour eux de gérer tout ça. Les hommes sont plus pragmatiques que les femmes (souvent), et dès que ça devient irrationnel, ils sont perdus. Ils doivent gérer leur propre souffrance et celle de leur femme. Mon mari, ne supporte pas de me voir péter des câbles « pour rien » ou chialer « pour rien ». Il est totalement impuissant face à tout ça.

De plus, donner leur sperme n’est pas facile pour eux surtout que leur virilité et leur fierté en prennent un sacré coup… Du coup, nous essayons d’en rire pour éviter l’enfer.

Il est parfois difficile pour eux de comprendre l’ampleur psychologique car ils ne subissent pas la dureté des traitements mais sans son amour et sans sa force, rien de tout cela n'aurait été possible. N'est-ce pas là une belle déclaration d'amour ?

Il est mon pilier et notre amour est devenu si fort... Je pense que ce combat brise les couples ou les renforcent. Comme chaque mois: ça passe ou ça casse.

  • Tu tiens un journal intime sur Instagram depuis quelques mois, qu'est-ce que t'a apporté l'écriture au quotidien ?

L’écriture a toujours fait partie intégrante de ma vie. J’ai toujours considéré l’écriture comme une thérapie, une échappatoire. Créer ce journal intime sur Instagram a été une évidence mais aussi une révélation. J’ai été bouleversée par toutes ces femmes, par toutes ces histoires si puissantes... Le soutien a été immédiat !! Aujourd’hui, je peux le dire, même si certains trouveront ça ridicule : je ne sais pas comment j’aurai fait sans mes abonnées. Grâce à elles, j’ai tenu bon, j’ai eu des conseils et des échanges uniques. C’est incroyable cette communauté réunie pour défendre la même cause. Je conseille à toutes celles qui ressentent le besoin de partager et d’échanger autour de leur infertilité d’écrire. Que ce soit sur un blog ou sur les réseaux sociaux, l'écriture permet de garder une trace de tout ce que nous vivons. J’espère qu’un jour nous pourrons en rire.

Partager mon quotidien est la plus belle chose que je puisse faire pour aider les autres et les conseiller. C’est un vrai plaisir pour moi et elles me le rendent tellement…

  • Quels conseils aurais-tu à donner à une jeune femme qui vient d'apprendre qu'elle devra avoir recourt à la PMA ?

De ne pas se sentir seule car elle ne l’est pas, de protéger son homme et son amour, de combattre ces hauts et ces bas que l’on ressent tous les jours, de prendre bien soin d’elle, de ne pas oublier les petits bonheurs de tous les jours malgré ce fardeau ancré en nous et qui ne nous quitte jamais, de faire de l’acupuncture et du yoga, de ne jamais avoir honte, de ne pas s’enfermer sur soi, de parler, d’être fière, de ne jamais oublier d’être une femme à part entière, d’y aller pour ne pas avoir de regret, de s’écouter, de respirer bien fort avant chaque piqûre, de faire des projets de voyage, de ne pas s’arrêter de vivre, de faire confiance au destin, de ne pas culpabiliser après un échec, de chialer parce que ça fait du bien parfois, de prendre l’air, de se battre quoi qu’il arrive car ça en vaut la peine.

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Suivez Lili sur Instagram @le_journal_de_lili et n'hésitez pas à partager ici ou sur Instagram votre expérience.

Vous souhaitez me soumettre une idée d'interview ? Envoyez-moi un email via la rubrique contact du blog !

Nous nous retrouverons mercredi prochain pour une nouvelle iinterview.

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À propos

Elodie-Jelena

Je m'appelle Elodie-Jelena, j'ai 28 ans et je travaille depuis plusieurs années dans le domaine de la communication et du marketing mais mon véritable rêve est de devenir écrivaine! Amoureuse des images et des mots depuis toujours, je suis aussi aussi la maman de Chiara Mila née en avril 2016. Découvrez les bribes de notre petite vie de famille douce et sauvage grâce à mes chroniques (sans filtre) sur la maternité, l'éducation, la parentalité mais aussi au travers les Interviews des lectrices...
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