" Il faut cultiver notre jardin " - Candide.

Depuis quelques semaines, Chiara nous fait tourner la tête et le cœur. Elle rencontre de sérieuses difficultés à s’endormir le soir malgré nos efforts pour que ça fonctionne. Nous avons tout fait, explorer toutes les pistes, nous avons torturé nos esprits durant de longues heures, demandé des conseils, nous avons changé plusieurs fois notre organisation, nous avons raté des diners, des douches, des heures de sommeil et nous avons zappé le programme télé pour lui offrir des soirées calmes et propices à un rythme correct. 

Chiara est comme moi lorsque j'avais son âge. Énergique, douce et sauvage à la fois, curieuse de tout et complètement inépuisable. Elle nous fait rire pourtant. On sait qu’on ne devrait pas attiser le feu de ce tempérament volcanique mais elle est comme ça aussi : rigolote, amusante, gaie et toujours réjouie. Notre fille n’est pas compliquée. Elle déteste la crème chocolatée, comme moi et la semoule au lait, comme son père. Notre fille a toujours le sourire, comme personne.

Chiara sait déjà ce qu’elle veut, Chiara est indépendante, rebelle, indocile et elle a un certain goût pour la liberté. Je l’imagine déjà d'ailleurs se battre pour de grandes causes, celles qui sont aussi mon combat au quotidien : le droit des femmes, l’indépendance, l’égalité des sexes et l’égalité des chances. Chiara est la petite-fille d’immigrés, Chiara s’appelle Chiara parce qu’on l’a voulu très fort, Chiara saura se défendre là où mes parents n’ont voulu assumer de me donner un prénom étranger. Chiara aura des difficultés, on lui tirera sûrement les cheveux, elle rêvera peut-être de faire du foot après l’école mais des filles se moqueront d’elle alors, elle ira faire de la danse en espérant rentrer dans un moule, dans une case pour être acceptée et aimée. 

Seulement voilà, Chiara a une maman têtue et tenace. Loin de l’éducation « bienveillante et positive », qui décrivent des concepts d’éducation bien difficiles à mettre en place au quotidien et qui d’emblée, rien que dans leurs intitulés, jugent et scindent les façons de procéder avec son enfant, nous, nous misons tout sur propriété innée de l’enfant et son besoin naturel d’apprendre et d’évoluer.

Mes parents ne parlaient pas trop avec nous car «beaucoup de choses en France et dans la culture française ne sont pas comme chez nous». Il y a quelque chose de très culturel qui fait que nous sommes très/trop strictes et catégoriques. Beaucoup de choses sont alors «bizarres» (= l'art de cataloguer quelque chose comme étant «bizarre» quand on n'a pas envie de comprendre ou d'analyser): Une fille qui fait du foot, un bébé de 5 mois qui ne mange pas comme un adulte, un enfant qui, à un an ne sait pas marcher, un enfant qui n’est pas bon partout à l’école car l’école ben c’est le plus important dans la vie, «moi si j’avais eu ta chance, je serais chirurgien».

  • Ne pas surprotéger son enfant et surtout, ne pas placer en lui notre histoire, notre passé, nos erreurs, nos regrets, nos ambitions. Voici pour moi une façon d’éduquer son enfant de façon bienveillante et intègre.

Je ne sais pas où va ce monde aveuglé par le pouvoir, la surconsommation et le capitalisme. Je ne sais pas si Chiara trouvera le courage de leur prouver qu’elle est libre et si elle arrivera à vivre libérée des diktats et des divers cultes qui nous guident sans que nous le voulions 1000 fois par jour : culte de l’image et du corps, de l’apparence, de la personnalité, religieux…

Je sais aussi qu’il me sera impossible d’avoir des réponses à toutes ses questions, surtout les plus pertinentes. Je sais également qu’il sera parfois plus facile de lui répondre «c’est comme ça, c’est tout, cherche pas, pourquoi tu veux savoir ça ?». Je sais aussi que c’est sur ce dernier point que je serai intransigeante. L’amour porté à nos enfants nous pousse à dépasser nos limites, à déplacer des montagnes et à vouloir constamment viser l’impossible. Pour elle, je serai sûrement capable alors d’inventer des mots si ceux présents dans le dictionnaire ne lui parlent pas et pour elle, je pourrai revoir mes idéaux, mes théories et mes façons de penser afin de la laisser arbitrer elle-même.

  • Ne jamais conditionner son enfant. Essayer dans la mesure du possible d’accepter ses choix, entendre ses décisions, respecter ses différences qui font de lui un être unique et à part entière tout à fait capable de distinguer le bien du mal.

Chiara a 9 mois et quelques jours et je suis convaincue de tout ce que je viens d’écrire. Je suis certaine que ça fonctionnera car on en a vraiment envie et on a l'impression d'avoir trouvé l'éducation rêvée, celle dont on rêvait nous-mêmes. On en a parlé, on a fait le tri dans nos propres expériences, on sait ce que nous ne voulons absolument pas pour elle, nous savons aussi ce qui a été bon dans nos éducations totalement différentes et nous sommes capables d’admettre qu’ils ont bien fait comme nous savons également reconnaître qu'ils ont merdé par moment.

L’éducation ne s’apprend pas dans les livres tout comme le fait de devenir un parent. Les livres apportent plutôt des pistes, aiguillent notre direction et nous conseillent selon des situations souvent tirées par les cheveux et caricaturées. Ces livres n’évoquent pas la spontanéité de l’enfant, la puissance et l’importance de son psychisme et ils ne se basent pas non plus sur son caractère unique ; qu’il soit bien trempé ou plutôt pondéré. Les livres soutiennent l’idée que nous ne sommes pas capables de faire nous-mêmes, que nous avons toujours besoin d’une solution extérieure comme quand on boit un café lorsqu’on «doit absolument tenir» au lieu de dormir ou que nous mangeons du chocolat quand nous traversons une «petite déprime». La société est maline et apporte des solutions truquées à des besoins purement naturels. Nous prenons alors le problème à l’envers et forcément, nous échouons. Ces échecs entraînent culpabilité, manque de confiance en soi, altération de l’image de soi, et baisse de l’estime de soi.

  • Ecouter son enfant, être un guide, le prendre sous son aile sans devenir pour autant son maître, son précepteur, son unique référent tout en étant capable d’admettre que certaines richesses se trouvent aussi ailleurs, en dehors de notre foyer.
  • Lui apprendre à être ouvert au monde et aux différentes cultures, à être tolérant face à la différence et rester indulgent face à la bêtise humaine.

Voici mon objectif, notre objectif pour rendre notre enfant, nos enfants les plus heureux possible.

Traitez-moi d’utopiste, d’optimiste, de rêveuse ou de folle, comme Brassens, je vous répondrai que « la seule révolution possible, c'est d'essayer de s'améliorer soi-même, en espérant que les autres fassent la même démarche. Le monde ira mieux alors ».

 

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À propos

Elodie-Jelena

Je m'appelle Elodie-Jelena, j'ai 28 ans et je travaille depuis plusieurs années dans le domaine de la communication et du marketing mais ma véritable passion est l'écriture. Amoureuse des images et des mots depuis toujours, je suis aussi aussi la maman de Chiara née en avril 2016. Découvrez les bribes de notre petite vie de famille douce et sauvage grâce à mes chroniques (sans filtre) sur la maternité, l'éducation bienveillante et positive. Découvrez aussi mes coups de cœur puériculture, mode enfant et lifestyle.

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Romane 03/09/2017 20:04

Je suis jeune encore et pourtant, depuis longtemps je me questionne sur l'éducation que j'aimerais pour mes futurs enfants.
Et s'il fallait en dresser un portrait robot, il s'approcherait du tien.
Tes mots me parlent