" Je ne t'imaginais pas maman ".

 

Une lectrice qui souhaite avoir un enfant m’a écrit un message très touchant dans lequel elle me demandait d’écrire sur l’envie d'avoir un bébé.

Dans mes écrits, j’évoque surtout « l’après » et il est vrai que « l’avant » est aussi important. Quand on a réussi à avoir un bébé naturellement, qui plus est rapidement, on ne pense pas vraiment à parler du moment où l’on s’est dit « viens on fait un bébé ! ». Avoir un bébé est dans « la continuité des choses » et une étape tout à fait « normale » après un certain nombre d’années passées en couple et évidemment ça ne nécessite pas de long discours.

Je n’ai pas toujours souhaité avoir d'enfant et je ne voulais surtout pas de fille. Je ne voulais pas d’enfant car j’avais peur qu’il soit « comme moi ». J’avais peur qu’il subisse la même chose que moi, qu’il m’en veuille de lui imposer la Vie, qu’il me juge et me haïsse à cause de mes nombreuses imperfections.

Un jour ma mère m’a dit « je te souhaite d’avoir une fille et qu’elle te fasse subir ce que tu me fais subir ». Son souhait a été entendu. Bon; Chiara est encore trop petite pour me faire subir quoi que ce soit mais Chiara est une fille.

Je suis le résultat d’une passion, d’un amour naissant, d’un amour adolescent ; un amour puissant et invisible. Je n’étais pas souhaitée à ce moment-là mais j’ai été rêvée, fantasmée, imaginée et désirée. Il paraît que c’est tout ce qui compte. Quand tu as l’impression d’être « une erreur », tu n’entends pas le reste. Ta vie est alors forcément synonyme d’échec.

Je n’ai jamais eu le sentiment d’être à ma place. A l’école, dans un groupe, en famille, dans la rue… J’ai toujours été jalouse de ces gens qui vivaient simplement sans se soucier des autres, qui avaient du courage, qui aimaient la vie et qui savaient être heureux. J’ai toujours eu des passions qui n’engageaient que moi, je ne pratiquais aucun sport et j’évitais les activités collectives. C’est comme si mon corps était là mais mon esprit lui, toujours ailleurs. Les gens me trouvaient alors bizarre et ça me faisait souffrir alors, pour éviter de souffrir, je m’isolais volontairement et certains pensaient que je n’étais pas faite peut-être pour vivre entourée et que forcément, je finirai seule. Seule, sans mari et sans enfant.

J’ai eu des amis, des amours, c’est vrai. Peut-être des amours pas assez forts pour rester ou pour pardonner l’impardonnable ? J’ai pardonné à certains mais pas à d’autres, j’ai tenté de vivre dans les souvenirs pour me donner l’illusion que tout allait bien, j’ai tenté de réparer des cœurs blessés et ma dépression a fait fuir. Bref, rien ni personne ne m’a procuré ce sentiment d’être utile et inversement, d’avoir besoin de quelqu’un.

Puis, il y a eu les grandes victoires : la rémission, l’envie d’avancer, des sourires plus fréquents, l’envie d’aller vers les autres et de les laisser entrer dans ma vie, le besoin de refaire confiance et de se reconstruire, de choisir de dire ou non certaines choses, les instants d’euphorie et la nécessité d’évacuer ces litres de larmes contenus en moi depuis trop d'années.

Je savais qu’une fois ces étapes traversées, désirer un enfant serait alors « ma continuité des choses », ma dernière « étape normale » après des années de tournants physiques et mentaux.

Fait-on un enfant pour paraître normal ? Fait-on un enfant pour ne plus se sentir seul ? Fait-on un enfant pour réparer quelque chose en soi ?

Moi, j’ai eu besoin de trouver ma paix intérieure pour envisager de donner la vie et éduquer un être humain. J’ai attendu une décennie pour envisager l’idée d’être maman. Puis, un soir, j’ai senti que j’étais prête, que ma boucle était définitivement bouclée et que Chiara serait ma cerise sur le gâteau. Vous savez cette petite cerise toute rouge, sucrée et charnue que nous avons attendue une année avant de pouvoir déguster. Cette petite cerise qui sent le printemps et le soleil.

" Je m'excuse. Je voulais dire: je ne t'imaginais pas aussi parfaite comme mère".

J’ai gagné je crois.

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À propos

Elodie-Jelena

Je m'appelle Elodie-Jelena, j'ai 28 ans et je travaille depuis plusieurs années dans le domaine de la communication et du marketing mais mon véritable rêve est de devenir écrivaine! Amoureuse des images et des mots depuis toujours, je suis aussi aussi la maman de Chiara Mila née en avril 2016. Découvrez les bribes de notre petite vie de famille douce et sauvage grâce à mes chroniques (sans filtre) sur la maternité, l'éducation, la parentalité mais aussi au travers les Interviews des lectrices...
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Lladymum 08/02/2017 09:27