L'histoire de la casquette rouge.

Quand je dis aux gens que je suis une ancienne phobique sociale, ils ne me croient pas. Pire, ils rigolent. J’ai pourtant durant de très longues années été victime d’angoisses extraordinaires face à des situations tout à fait ordinaires.  

Il m’était par exemple, insurmontable de me rendre chez le coiffeur toute seule, de prendre quelconque rendez-vous par téléphone ou bien d’énoncer ma commande au restaurant. L’idée que l’on attende quelque chose de moi à un moment bien précis m’effrayait. Je répétais le discours que je devais tenir, j’imaginais la scène et me mettais en situation, telle une comédienne avant un casting. Contrairement à cette comédienne en plein répétition, moi, j’ai toujours détesté être regardée et remarquée. Chaque rencontre avec un nouvel individu était un combat intérieur, un calvaire qu’il fallait surmonter.

Ces angoisses (phobies) ont donné lieu à des moqueries de la part de mon entourage. Ces moqueries pourtant pas si méchantes que ça, étaient dues au fait que mes peurs étaient pour eux, irrationnelles et donc incompréhensibles. Elles étaient pourtant sérieuses et profondes. Je me souviens encore de mon père me forçant à passer commande pour toute la famille au Mc Do et de cette employée désagréable, impatiente et hautaine. Il m’avait interdit de noter la commande, il m’était formellement interdit de tricher. J’avais tout pour réussir et je devais y arriver seule, sans aucune aide extérieure. 

J’ai suivi une longue thérapie pour tenter de comprendre la source du problème et surtout, essayer de le corriger à travers des exercices et des techniques particulières. On ne peut pas vivre toute sa vie ainsi. Je savais qu’un jour, viendrait le moment où, j’allais moi-même être maman et par conséquent, éduquer un être humain. On n'apprend pas à un être humain à avoir peur, on doit lui apprendre à être libre. 

Cette psy avait une spécificité. Elle soutenait fermement que le mal ne se pouvait se guérir que par le mal. Il fallait prendre le taureau par les cornes, prendre le problème à la racine. J’ai donc été invitée à chercher (=trouver rapidement) un job étudiant dans le domaine de la vente. Je me souviens avoir beaucoup rigolé à l’annonce de cette proposition et lui avoir répondu « je n’arrive pas à commander au Mc Do et voilà que je vais me retrouver à prendre les commandes des autres ? ». J’ai aussi pensé très fort « elle se fout de ma gueule celle-là ? Je la paie 70 euros pour entendre ces conneries ? ».

Mais voilà, j’étais prête à tout pour me sortir de ces phobies qui commençaient petit à petit à me pourrir la vie. J’ai donc trouvé un job étudiant, un 10 heures par semaine, en plus de la FAC, dans un fast food de luxe (le Mc Do me hantait trop, puis, je n’avais pas envie de puer la frite).

Le pire n’a pas été d’être confrontée à des hommes d’affaires exécrables et désinvoltes non, ça a été cette casquette rouge que je devais porter dix heures par semaine. Cette casquette rouge, je l’ai considérée comme une provocation. Elle était la femme du diable et j’ai tout de suite eu l’impression que ce couple maléfique avait monté un complot contre moi pour me faire échouer.

J’ai pourtant fermé ma gueule et je l’ai portée durant 3 longues années. Je l’ai portée jusqu’à ce que je sois guérie et que je prenne mon envol vers un avenir professionnel plus stable. 

Ces trois phobies sociales ont disparu de ma vie. Elles ont néanmoins laissé des séquelles importantes : comme cette gêne d’être dans un groupe et ce malaise ressenti lorsqu’un individu de ce même groupe me pose une question et que tous les autres membres me regardent et attendent ma réponse.

C’est sûrement à cause de ces phobies que je n’ose pas me marier. Etre au milieu de tous ces regards insistants durant toute une journée serait pour moi insurmontable. Bien sûr, vous me direz que je peux faire ça en petit comité et que rien ne m'oblige à mettre de robe trop extravagante mais ce n’est pas pas vision de la chose. Alors, pour ne pas déroger à mes principes, je préfère me priver et attendre d’être en paix avec moi-même.

Depuis l’arrivée de Chiara, j’ose plus, je m’impose davantage. Dans le bus, dans les supermarchés, dans la rue ou dans les grands magasins. Les gens parfois, ne me laissent pas le choix. Je me sens poussée des ailes. Bien sûr, je suis plus souvent agressive face aux incivilités de certains usagers. Je suis même devenue complètement intolérante face à certaines catégories d’individus.

Néanmoins, chaque réponse à leur grossièreté est pour moi une petite victoire. Mon sourire narquois doit leur paraître ironique et il l’est. Ce sourire est surtout la signature d’une nouvelle ère pour moi.

J’ai l’impression de n’avoir jamais quitté ma casquette rouge. Je la porte de façon invisible telle un grigri. Vous ne la voyez pas, elle m’est propre mais elle est bien là, au quotidien. Elle m’aide à dire non, à exprimer mon désaccord et à affirmer mes positions. Il y a encore des ajustements à faire, des tons de voix à améliorer, une petite maladresse à corriger. Il y a aussi ce caractère bien trempé à modérer pour éviter de se voir attribuer une réputation de psychorigide.

Ma casquette rouge, je l’enlève quand je suis à la maison. Là, je me sens bien, à l’abri des regards, des analyses et des psychoses. Lorsque je prends mon enfant dans mes bras et que sa tête se pose sur mon cœur, je redeviens moi-même. Imparfaite, brute, humaine. Humaine avant tout et pour de bon.

 

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À propos

Elodie-Jelena

Je m'appelle Elodie-Jelena, j'ai 28 ans et je travaille depuis plusieurs années dans le domaine de la communication et du marketing mais mon véritable rêve est de devenir écrivaine! Amoureuse des images et des mots depuis toujours, je suis aussi aussi la maman de Chiara Mila née en avril 2016. Découvrez les bribes de notre petite vie de famille douce et sauvage grâce à mes chroniques (sans filtre) sur la maternité, l'éducation, la parentalité mais aussi au travers les Interviews des lectrices...
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Alice 30/01/2017 16:54

JE me reconnais beaucoup dans ce que tu écris, est ce que tu souffrais de rougissement, ? CAr c'est mon cas et JE suis en train de voir un hypnotiseur pour me soigner CAr meme Avec la famille et les amis c'est angoisse tous les jours !!