C'est une fille !

Je revis nos plus belles vacances grâce à tous ces instants capturés dans ma petite boite si précieuse. Je me souviens des avions pris, de l'odeur du poisson grillé et de celle du vin blanc, des maisons abandonnées, de tous ces kilomètres parcourus, de la chaleur dans nos coeurs, du bateau et de toi malade dans le bateau, du coucher de soleil, de l'eau qui nettoie toutes les impuretés de toute une année passée à être les esclaves d'un Paris trop autoritaire et de nos yeux émerveillés et amoureux en Italie.

" Si c'est une fille elle s'appellera Chiara ".

Je me souviens avoir ri nerveusement. Petite, je jouais aux petites voitures et arrachais les yeux de mes poupées et je n'étais pas franchement attachée à pouponner du plastique. Je voulais un garçon aux cheveux longs, bruns, avec de beaux yeux en amande qui aurait fait du skate.

Je me souviens d'une adolescence perturbée, des hurlements, des portes cassées et des crises. Je me souviens de ma mère et de ses yeux trop rouges, de sa colère, de son impuissance et de tout son amour qui déborde de ses mains bien trop tremblantes pour me prendre dans ses bras.

Je ne voulais pas de fille comme moi.

" Voulez-vous connaître le sexe ? "

Et si c'était une fille ? Les suspicions et les pronostics de l'échographiste n'avaient pas menti. J'avais eu dix semaines pour me faire à l'idée et pour accepter le fait que la dépression puisse être héréditaire, comme le psoriasis dont j'ai gracieusement hérité.

" C'est une petite fille alors vous êtes contents ? "

Mon mari pleurait, il savait déjà que tout allait être bien plus simple pour lui que pour moi, je me souviens lui avoir un peu voulu de ne pas comprendre. Comment pouvait-il comprendre ? Puis j'ai du affronter les regrets d'autres. Les regrets de ne pas avoir eu la chance de coiffer, habiller une petite fille sage et disciplinée, comme on traite une poupée.

" Je t'aime Chiara "

Elle était devenue "ma fille". Je ne pense avoir depuis, passé un seul jour sans le lui avoir chuchoté.

Puis j'ai repensé à l'Italie, à nos yeux amoureux, aux étapes traversées, à New-York, à cet hasard qui nous a réuni contre tout attente, à la fin de la maladie, à la boucle bouclée et à toutes ces choses qui ont su me rendre heureuse un jour.

Je repense à tous les kilomètres parcourus, aux ampoules, aux crampes subies pour me débarrasser de cette idée qu'elle puisse être comme moi. La maladie s'est envolée, tout est oublié: l'enfer, les passages à vide, la tristesse, la solitude, les trous et les idées noirs et les rêves d'un jour trop fous pour être réalisés. Tout est si clair, si lumineux, si évident à présent et depuis quelques années déjà.

Chiara. Voilà ce que signifie ton prénom mon Amour. Une évidence, comme la lumière au fond du tunnel vers laquelle j'errais depuis sept longues années. Sans toi à mes côtés.

Oubliées la rancœur, la haine et la colère. J'ai appris le pardon et fait le deuil d'une vie bien trop triste pour être vécue. J'ai appris à apprécier les réveils, les rires, les instants qu'on ne contrôle pas, le vent, l'air, l'eau et le feu. Je brûle d'envie de vivre à présent. En vie et vivante.

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À propos

Elodie-Jelena

Je m'appelle Elodie-Jelena, j'ai 28 ans et je travaille depuis plusieurs années dans le domaine de la communication et du marketing mais ma véritable passion est l'écriture. Amoureuse des images et des mots depuis toujours, je suis aussi aussi la maman de Chiara née en avril 2016. Découvrez les bribes de notre petite vie de famille douce et sauvage grâce à mes chroniques (sans filtre) sur la maternité, l'éducation bienveillante et positive. Découvrez aussi mes coups de cœur puériculture, mode enfant et lifestyle.

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