Promets-moi de ne pas mourir.

J’ai beaucoup hésité avant d’acheter « Nos 14 novembre » d’Aurélie Silvestre. J’ai un problème avec le fait d’acheter le malheur des gens. Ayant écouté attentivement de nombreux témoignages de cette femme admirable, j’ai réalisé qu’il ne s’agissait pas d’acheter le récit de son malheur et de son désespoir mais plutôt de contribuer à sa reconstruction.Je sais ô combien l’écriture est importante pour la reconstruction de l’âme. Je n’ai pas pleuré une seule fois car je suis certaine qu’elle ne veut pas que les gens pleurent son histoire. Chaque larme serait comme un couteau froid remué dans ses plaies encore trop ouvertes. Puis, pour le dire franchement, j’ai bien trop pleuré depuis ce 13/11/2015.

Depuis ce 13/11/2015, j’avoue avoir d’autant plus peur de la mort. Je n’en ai jamais eu peur avant de tomber enceinte. Depuis, Chiara, depuis ça, j’y pense tous les jours, plusieurs fois par jour et c’est même devenu une réelle obsession. Je n’ai pas peur pour moi, j’ai peur pour elle et pour lui. J’ai terriblement peur qu’elle m’oublie, qu’il passe à autre chose, qu’elle appelle une autre « maman », et qu’il ne m’aime plus. J’ai peur de disparaître. Il paraît que ces peurs sont normales après avoir donné la vie. Le comble du paradoxe hein ?

En ayant été confrontés à la mort, certains optent pour une nouvelle philosophie de vie telles que « carpe diem » ou «  YOLO ». D’autres, comme moi, développent une thanatophobie – une phobie de la mort. Dans mon cas particulier, peu de temps s’est écoulé entre mon expérience et la naissance de Chiara. Peut-être que mon cerveau n’a pas eu le temps de s’en remettre totalement ?

Comme Aurélie Silvestre, j’ai développé une sorte de dissociation émotionnelle suite à un choc traumatique important qui a conduit à ce que je devienne souvent spectatrice de mon propre malheur. N'avez-vous jamais eu l'impression que c'est tellement "gros" que ce n'est pas possible que ça vous arrive à vous ?

Ecrire répare les âmes, fait vivre les morts, ravivent les souvenirs et nous permet de mettre le point final et accepter son sort de façon définitive. Tous les soirs, je lui demande de me promettre de ne pas mourir, de ne pas me laisser seule. Bien sûr, avoir un enfant nous a éloignés. On s’aime d’autant plus mais plus comme avant et il me manque. Comme Aurélie Silvestre, j’en veux uniquement à la vie de ne pas nous laisser assez de temps pour vivre toutes ces dernières fois comme si c’était la première fois. Il n'y a aucune colère, aucune haine. Ma phobie s’était légèrement atténuée ces dernières semaines mais cette date anniversaire a fait de moi un zombie. Un zombie encore assez vivant pour pleurer. Certains disent que je suis trop sensible en ce moment, trop à fleur de peau et que cette sensibilité me rend vulnérable. J’ignore encore s’il s’agit de la fatigue accumulée de ces derniers mois qui s’est transformée en hyperémotivité ou si c’est seulement ce que je suis : une nana qui est bouleversée par ces âmes privées d’un être cher parce qu’elle réalise qu’en face ça aurait pu être son mari il y a quelques années.

Aurélie Silvestre donne une sacrée leçon de vie, une bonne grosse gifle de vie à vrai dire. Elle me donne envie d’avoir moins peur car je suis sûre qu’on y arrive toujours dans le fond.

photo: " Le cri " - Edvard Lunch.

 

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À propos

Elodie-Jelena

Je m'appelle Elodie-Jelena, j'ai 28 ans et je travaille depuis plusieurs années dans le domaine de la communication et du marketing mais ma véritable passion est l'écriture. Amoureuse des images et des mots depuis toujours, je suis aussi aussi la maman de Chiara née en avril 2016. Découvrez les bribes de notre petite vie de famille douce et sauvage grâce à mes chroniques (sans filtre) sur la maternité, l'éducation bienveillante et positive. Découvrez aussi mes coups de cœur puériculture, mode enfant et lifestyle.

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vivi 14/11/2016 16:27

Mon fils de 20 ans m'a dit un jour une phrase qui m'aide beaucoup quand je dois faire face à des séparations, temporaires, durables ou définitives : "Don't cry because it's over, smile because it happened" (ne pleure pas parce que c'est fini, souris parce que c'est arrivé). Cela me permet de voir le verre à moitié plein au lieu de le voir à moitié vide :)