- Article pour le magazine Neufmois.fr -

Je vous en avais parlé il y a quelques semaines sur Instagram, le moment est venu de partager avec vous mon article écrit pour le magazine Neufmois.fr 

C'est toute émue et honorée que j'ai écrit mon premier article destiné à un autre support que mon blog. Le thème était: "mes premiers jours de jeune maman, ce qui m'a le plus marqué". L'exercice fut complexe car je n'ai pas l'habitude d'écrire selon des thèmes imposés mais j'ai beaucoup aimé y travailler. J'espère qu'il vous plaira autant que j'ai pris de plaisir à le rédiger.

Bonne lecture et n'hésitez pas à me raconter vos expériences ici ou sur Instagram :) 

Ps: Mon article paraîtra sur le site Neufmois.fr le 31/12 mais, je ne pouvais m'empêcher de vous le faire partager avant. Je tiens tout de même à vous rappeler que mes textes (dont celui-ci) sont protégés par les droits d'auteur et qu'ils m'appartiennent exclusivement...

La maternité chamboule ton cœur, ton corps et ton cerveau. Chiara est donc apparue dans nos vies comme une sorte de Trinité.

Depuis que je suis née en tant que mère, je me demande chaque jour s’il est possible de s’en sortir indemne. Il faut sans arrêt jongler entre la peur profonde de mal faire et ce besoin viscéral d'être toujours exemplaire. Il ne faut jamais montrer ses faiblesses, éviter de parler de fatigue, ne pas trop se plaindre, contenir sa colère, tenir le coup, ne jamais faillir, apprendre quotidiennement à maitriser l'art de faire semblant et être au préalable lourdement armé pour affronter une horde de loups affamés : les gens.

Mon mal-être a commencé quelques heures seulement après la naissance de Chiara à la maternité. Nous avions décidé d’accepter les visites à condition qu’elles ne durent pas longtemps. Après tout, pourquoi les gens voudraient-il s’attarder durant des heures dans une chambre de 13m2, sans clim, sans possibilité d’ouvrir les fenêtres, debout avec un nouveau-né assommé par son arrivée sur Terre et ses jeunes parents épuisés et complètement perdus ? Je m’en suis très vite voulu d’avoir été si naïve et c’est ainsi que mon téléphone portable fut balancé contre le mur car il faisait saigner mes oreilles à force de sonner.

Deux jours après seulement, nous rentrâmes à la maison avec nos valises pleines d’espoir pour l’avenir. Le premier réveil à trois à la maison fut bien trop brutal pour mon corps exténué d’avoir donné la vie. Nous avons eu néanmoins de la chance que Chiara fasse ses nuits très rapidement ce qui nous a permis de nous reposer, d’avoir un appartement toujours impeccable et de pouvoir même s’autoriser des petites sorties à trois. Cette facilité que nous avions a donné naissance à la jalousie et à des questionnements. Ce n’était pas possible d’y arriver aussi vite, il y avait forcément quelque chose qui n’allait pas :

« C’est bizarre, elle ne pleure pas beaucoup cette petite, elle est peut-être malade »

« C’est tout de même étrange qu’elle soit si calme, surtout avec une mère comme toi ! »

« Tu peux me le dire si tu es fatiguée, il ne faut pas avoir honte de demander de l’aide »

« Les nourrissons les plus calmes deviennent par la suite des enfants terribles, profitez bien, ça ne durera pas ».

Depuis que je suis maman, j’ai appris à me taire face à la bêtise, l’ironie, la maladresse et la méchanceté et pour Chiara, j’ai aussi appris la patience. L’avoir près de moi m’a aidé à relativiser et à accepter définitivement le fait que je ne tirerai rien de positif de ces gens-là puisque tout le bon était déjà contenu dans ce tout petit être d’une beauté rare. Pour être honnête, j’avais des choses bien plus graves à gérer comme mon babyblues grandissant auquel personne ne semblait s’intéresser malgré mon regard vide et mon physique cadavérique.

Aujourd’hui, après en avoir beaucoup parlé et avoir commencé une thérapie par l’écriture, je suis capable de vous dévoiler la cause de mon passage à vide. C’est bête parce que quand on met des mots sur des maux tout paraît si facile à accepter… Ce qui a été le plus dur et ce qui m’a particulièrement marqué durant mes premières semaines de jeune maman c’est sans aucun doute cette difficulté à vivre deux vies diamétralement opposées tout en s’oubliant complètement. J’étais devenue « la maman de Chiara » et c’est tout.

Le temps que j'avais pour moi me manquait atrocement, les journées que j'organisais à ma guise, ne pas courir, ne pas être pressée, ne pas être obligée de … Depuis quelques années, j’ai développé une manie de tout contrôler : mes émotions, mes sentiments, moi-même aussi; face aux autres et face au miroir. Je me suis mise à me poser mille et une questions, à suivre des protocoles, à réfléchir et analyser une situation durant des heures …. J’étais un robot conditionné pour être le plus productif possible.

En devenant maman, j’ai été confrontée à la spontanéité de mon bébé certes, mais aussi à la spontanéité de la vie. Je me suis mise à aimer ces instants passés à ne rien faire avec ma fille contre moi ; son cœur contre mon corps, j’ai réappris à poser mon rouge à lèvres sans que mes doigts bouffis par la grossesse ne me fassent déborder, je me suis mise au sport, à la cuisine et au chant et surtout, j’ai aimé avoir le temps de prendre mon temps.

En devenant maman, j’ai dû aussi apprendre à me battre pour rester une femme. Il y a eu la première sortie avec les copines et cette fameuse culpabilité de laisser mon enfant. Une fois dehors et avec quelques Mojitos dans l’estomac, j’ai voulu, je l’avoue, que cette soirée dure au moins une semaine. J’en avais tellement besoin, j’avais besoin d’être autre chose qu’une simple maman au foyer. Je me souviens ne pas avoir regardé ma montre une seule fois et avoir osé me dire que je méritais de penser à moi en oubliant pour une fois ce qu'on allait penser de moi.

Entre trois cocktails et dix cigarettes, je me souviens aussi avoir été marquée par le bonheur brut et la rage de vivre et d'exister que me procurait ma maternité à ce moment bien précis puisque j’étais loin de ma fille. Pour la première fois depuis sa naissance, elle m’a manqué.

C’est là qu’un autre combat a commencé. Je me suis en effet rendue compte que la maternité amenait en plus, d’un bonheur incommensurable, des sujets dont il ne faut absolument pas parler, des sujets tabous et de vilaines hontes. J’ai décidé d’écrire l’amour que je portais à Chiara et à mon mari, écrire aussi la reconnaissance envers la vie de m’avoir donnée la chance de vivre ça, écrire également pour dire à mes parents que je leur pardonnais, écrire surtout la rage ressentie contre ceux qui ont ignoré mon mal être et ceux qui ont toujours beaucoup promis et n’ont jamais rien fait.

J’ai décidé d’écrire ce livre aussi pour lever le voile, briser les tabous et faire déculpabiliser certaines grâce aux récits d’autres. Il n’y a rien de pire que la culpabilité. Aujourd’hui, cinq mois après la naissance de mon enfant, je n'ai plus peur, je n’ai plus honte de parler ni d'écrire tout ce que je ne sais pas dire.

 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost 0

À propos

Elodie-Jelena

Je m'appelle Elodie-Jelena, j'ai 28 ans et je travaille depuis plusieurs années dans le domaine de la communication et du marketing mais ma véritable passion est l'écriture. Amoureuse des images et des mots depuis toujours, je suis aussi aussi la maman de Chiara née en avril 2016. Découvrez les bribes de notre petite vie de famille douce et sauvage grâce à mes chroniques (sans filtre) sur la maternité, l'éducation bienveillante et positive. Découvrez aussi mes coups de cœur puériculture, mode enfant et lifestyle.

Commenter cet article

Angele 04/12/2016 14:04

Maman d'une petite Ana de 4 mois, je lis et comprend tes articles, maintenant j'ai hâte d'avoir ce livre entre les mains!

Angele 04/12/2016 14:02

Maman d'une petite Ana de 4 mois, je me retrouve dans cet article. Et maintenant j'ai hâte d'avoir ce livre dans mes mains!

Marie 04/11/2016 15:06

Ca fait du bien de lire ce type d'article ! Merci :)

feona 03/11/2016 18:37

Bravo pour cet article qui fait un bien fou.

Amandine 03/11/2016 12:19

Cest tres touchant bourré de vérité bravo pour cet article tu vas faire beaucoup de bien